La calligraphie d’Hassan Massoudy, sagesse pour une nouvelle liberté

À l’heure où j’écris, la culture se dématérialise toujours plus, certes, mais elle est surtout à l’arrêt, comme presque tout type d’activité « non essentielle », et ce presque partout dans le monde. Cette période de confinement est une épreuve, au sens premier du terme et au sens large, « ce qui permet de juger la valeur de quelque chose (une idée, une qualité, une personne, une oeuvre…) » selon le Larousse. Et de quoi éprouverons-nous mieux la valeur, après tout cela, si ce n’est de notre Liberté (celle avec un grand « L », à laquelle on n’est pas prêt de renoncer)? Pour moi, cette notion est intrinsèquement liée à l’oeuvre lumineuse d’Hassan Massoudy que je vous invite à découvrir ici.

Texte: Emilie Pellissier

En 1969, Hassan Massoudy est apprenti calligraphe en Irak. Pris dans la tourmente politique précédant l’avènement de la dictature, il se réfugie en France. Ce choix sera, pour lui, à la fois un déchirement et une libération. Inscrit à l’École des Beaux-Arts de Paris, il se lance dans la peinture figurative, touchant du doigt son rêve de devenir peintre. Mais ce mode d’expression temporaire n’aura d’effet que de le faire revenir à une pratique calligraphique, plus moderne cette fois. Mêlant ses connaissances traditionnelles à sa confrontation avec l’art contemporain, il rompt avec le caractère prépondérant du noir, ajoute diverses couleurs à ses pigments pour mieux exprimer ses sensations. Il calligraphie le plus souvent des textes d’écrivain·e·s du monde entier ou simplement dits par la sagesse populaire. Il les choisit car ils renvoient à des déchirements vécus, des tempêtes, et « font appel à l’élévation de l’être humain ». À travers ses figures et déliés, il recherche un apaisement, le juste équilibre entre plein et vide, concret et abstrait, forme et espace. Ainsi, depuis plus de cinquante ans, c’est un art revisité de la lettre arabe que Massoudy fait connaître dans son pays d’accueil. Pour Michel Tournier, il s’agit d’une « véritable sagesse », un savoir qui comporte « outre son contenu théorique, une leçon pratique, morale, et même corporelle ». Dès 1972, l’artiste avait par ailleurs découvert le caractère vivant, la dimension physique et temporelle de sa calligraphie, en collaborant avec le milieu des arts de la scène. Il réalise plusieurs performances live dans le cadre de spectacles de danse, leur apportant une dimension visuelle. Parmi elles, citons celle conçue pour Métaphore, pièce de la chorégraphe Carolyn Carlson en 2005.

Suite aux attentats du 13 novembre 2015 en France, Massoudy participe à l’élaboration du mouvement #neoresistance. Il explique ainsi son engagement dans cette lutte contre l’obscurantisme par l’humanisme: « le drame du monde – et celui de mon pays singulièrement – sollicite d’un même mouvement mon cœur et mon calame ». Sa calligraphie « devient le désir que le monde soit ainsi une nouvelle harmonie et une nouvelle liberté ». En cela, elle fait écho aux urgences actuelles et plus précisément à ce que disait tout récemment le collapsologue Pablo Servigne lors d’une interview dans le cadre du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains à Genève en mars dernier: « on vit une époque passionnante où il y a un degré de liberté qui s’ouvre ».

La situation est bien celle-là, elle peut être vécue comme une catastrophe ou, au contraire, comme une opportunité: c’est en nous connectant à la beauté – à travers l’art et/ou la nature –, et en nous reliant les un·e·s aux autres dans des initiatives concrètes, que nous pourrons avancer vers cette Liberté!

www.massoudy.pagespersoorange.fr