Danser l’absence de l’autre avec la chorégraphe Kaori Ito

Photos: Josefina Perez Miranda

Le 5 décembre prochain, la chorégraphe et danseuse japonaise Kaori Ito présentera sa dernière création CHERS au théâtre L’Octogone à Pully. Une pièce interprétée par cinq danseur·euse·s et une actrice qui revisitent, par la danse, notre lien aux absent·e·s et aux disparu·e·s. Un voyage poétique qui saisit par le mouvement les gestes désespérés de celles et ceux qui n’ont pas pu rester dans nos vies.

Texte et propos recueillis par Marion Besençon

Pour notre plus grand bonheur, la chorégraphe était disponible pour échanger avec nous par téléphone depuis Marseille où se déroule la dernière semaine de répétitions de sa création CHERS. Au départ de l’inspiration, il y a l’existence d’une cabine téléphonique au milieu d’un jardin dans son Japon natal servant à qui voulait continuer à communiquer avec les défunt·e·s. Avec la crise sanitaire, quand il était parfois impossible de rendre un dernier hommage aux personnes disparues et alors qu’elle se demandait à quoi servait le théâtre, Kaori Ito s’est souvenue avoir adressé « des questions lumineuses » aux gens et qu’en réponse elle avait reçu « d’énormes cadeaux », c’est-à-dire des témoignages écrits extrêmement touchants à l’adresse des disparu·e·s, orientant sa création CHERS vers le genre épistolaire.

Et puis comme s’il fallait « faire disparaître les mots par la danse » et parce qu’en tant que chorégraphe elle trouve des réponses ainsi, elle a choisi de mettre en scène cinq danseur·euse·s et une actrice qu’elle fait à leur tour écrire puis danser. Kaori Ito précise que les histoires poignantes des interprètes de sa chorégraphie ont irrigué son travail de création; ce qui a fait de sa rencontre avec l’équipe une rencontre très forte. Le lien vital au mouvement qu’entretient le jeune danseur Louis Gillard, lequel « cherche à comprendre par la danse le geste de son frère qui s’est donné la mort en sautant d’un pont » en est un exemple. Ainsi tous et toutes dansent tant le mouvement leur est nécessaire, et si l’écrit se mêle à la création et que la danseuse chorégraphe sait que « les mots existent pour s’unir », c’est par la danse que s’exprime ce « quelque chose de très très sincère ». À ce sujet, l’échange entre les danseur·euse·s professionnel·le·s et l’actrice Delphine Lanson pour qui le mouvement est moins technique qu’émotif a constitué un enchantement pour la troupe qui s’est trouvée énergisée par cette double approche. Face aux mesures actuelles qui gardent les salles de théâtre à demi pleines, la chorégraphe a une pensée pour les spectateur·trice·s absent·e·s car pour elle il est vital de rencontrer le public pour danser avec lui. Récemment elle a pu avec joie à nouveau animer des ateliers de danse: »C’est important de continuer à faire de l’art, sinon on meurt ». Vous l’aurez compris, avec CHERS Kaori Ito rend un hommage vibrant à la vie malgré l’absence ou l’indépassable perte des êtres aimés.

CHERS
Samedi 5 décembre 2020 à 20h30
L’Octogone, Théâtre de Pully
www.theatre-octogone.ch
Site personnel de l’artiste: www.kaoriito.com