Conjuguer le passé au présent

Conquérir des territoires inconnus, contempler de nouveaux paysages et découvrir des richesses jusque là insoupçonnées, au fil des siècles nombreuses ont été les raisons qui ont poussé l’être humain à quitter sa terre natale. Un besoin de conquête souvent marqué par la confrontation et la violence qui, aujourd’hui encore, affecte durablement l’histoire de nos civilisations. Un passé tortueux et torturé que le Théâtre des Marionnettes de Genève a décidé de mettre en lumière au printemps 2021.

Texte: Mélissa Quinodoz

Avec La Conquête, « la Compagnie à » a décidé de s’intéresser à l’héritage laissé par la colonisation dans notre monde actuel. Sur scène, deux comédiennes, elles-mêmes issues de pays anciennement colonisés, revisitent ainsi à leur façon l’éternel désir humain de domination, d’exploitation et de possession. Les spectateur·trice·s découvrent alors une sorte de dialogue entre le passé et le présent, entre l’envahisseur et l’autochtone. Sur un ton volontairement aigre-doux les deux artistes posent un regard à la fois poétique et politique sur un sujet extrêmement sensible. On revient sur la transformation des territoires, leur exploitation et les discriminations qui marquent durablement les populations conquises. Avec ironie, La Conquête s’oppose ainsi aux discours souvent complaisants qui tendent à banaliser les traumatismes et les conséquences, encore actuels, du passé colonial.

Choisir la colonisation comme thème d’un spectacle de marionnettes, peut sembler osé. Pourtant l’idée ici n’est pas de traiter ce sujet de manière réaliste. Les deux artistes ont ainsi voulu amener de la distanciation et de l’humour à cette œuvre. Comme l’explique Dorothée Saysombat, metteuse en scène et comédienne, il s’agit d’aborder une thématique « qui peut être grave mais avec du relief, avec du rire. Le rire crée du lien avec les spectateur·trice·s, une circulation. Il rassemble et permet au public de ne pas se sentir isolé face à ce qu’on lui délivre. Le travail autour des objets et de la marionnette participe aussi beaucoup à cette distanciation. Les spectateur·trice·s voient le théâtre en train de se faire devant eux ». Côté mise en scène, le recours au chant et à la musique permet en outre d’apporter de la profondeur à l’histoire. Véritable partenaire de jeu, l’univers sonore composé de radios qui diffusent du son, des discours politique, des intermèdes musicaux et des hymnes dans différentes langues, permet de réveiller un imaginaire collectif et des références dans lesquels nous baignons sans forcément nous en rendre compte.

Au final, La Conquête est un spectacle qui ouvre le débat sur les liens entre la petite et la grande Histoire, sur ce qui a fait notre passé et qui détermine notre présent. Un spectacle qui démultiplie les points de vue, les espaces et le temps pour traiter, enfin, de la colonisation. Une histoire encore trop souvent informulée à découvrir du 26 au 30 mai 2021 au Théâtre des Marionnettes de Genève.

La Conquête
Dès 12 ans
Du 26 au 30 mai 2021
Théâtre des Marionnettes de Genève
www.marionnettes.ch

Photo: Jef Rabillon