Des fjords à la mer

Parfois calme et paisible, parfois violente et bouillonnante, la mer est si changeante. La vie de celle que l’on surnomme « La Dame de la Mer » va également chavirer d’un côté ou de l’autre selon la décision qu’elle prend. Elle peut préserver sa vie de famille mélancolique, ou alors s’aventurer dans ses passions de jeunesse avec un marin. Mais est-elle vraiment libre d’affirmer son choix dans une société où seul l’avis des hommes a une place? Telle est l’intrigue de la pièce qui sera présentée à l’Espace Vélodrome du 23 octobre au 1er novembre 2020. Un véritable voyage au coeur des fjords norvégiens pour parler des libertés individuelles dans une société guidée par des principes de vie établis.

Texte: Eugénie Rousak

Coproduction entre la commune de Plan-les-Ouates et la Frei Körper Kompanie, la pièce La Dame de la Mer est une nouvelle réalisation du jeune duo genevois: le comédien et metteur en scène Bastien Blanchard et le directeur musical et musicien Olivier Kessi. Amis dans la vie et collègues dans le monde professionnel, les deux artistes ont déjà séduit le public de l’Espace Vélodrome en 2018 avec le conte musical l’Histoire du Soldat. « Après le succès de cette première coproduction, qui s’est parfaitement intégrée dans la saison culturelle, nous avons directement réfléchi à une nouvelle collaboration avec Plan-les- Ouates, mais dans un registre tout autre » explique Olivier Kessi. Après un an de recherches et de lectures, c’est l’oeuvre poétique de l’auteur norvégien Henrik Ibsen, publiée en 1888, qui a attiré l’attention des deux Genevois. « J’avais déjà vu une représentation de La Dame de la Mer il y a quelques années, mais je n’en avais pas gardé un souvenir très marquant. C’est en relisant cette pièce, un peu par hasard, que j’ai vraiment croché et vu toute l’actualité des turbulences internes de ses personnages plus de 130 ans après sa première mise en scène. Je me suis notamment demandé comment elle avait été reçue à l’époque, puisque c’est une histoire de liberté, de la liberté d’une femme. Le personnage principal, Ellida, ne trouve son bonheur qu’à partir du moment où elle se sent libre de choisir sa vie et d’assumer ses propres décisions » explique Bastien Blanchard.

Le drame comique
La Dame de la Mer est un véritable mélange de styles et registres théâtraux, qui se superposent, s’affrontent et se repoussent. Tel un jeu de vagues qui se poursuivent et se provoquent pour finalement disparaitre dans une seule et même mer. Ellida alias « La Dame de la Mer » vit un véritable drame interne, où elle doit choisir entre sa vie monotone avec son mari et ses deux belles-filles ou son ancien amant, un marin disparu en mer il y a bien des années. Mais à côté de ce choix cornélien, la pièce est composée d’une multitude de petites histoires de second plan, des quiproquos et des situations cocasses qui rythment la pièce et lui confèrent une certaine légèreté. L’action se déroulant sur une journée, le ton de la scène est accentué par des changements de lumières d’un soleil qui se déplace et des intempéries météorologiques, qui annoncent certains événements. « Le choix de la comédienne pour le rôle principal n’a pas été évident. Je n’arrivais pas à trouver quelqu’un qui correspondait à ce personnage parmi les artistes avec qui j’ai l’habitude de travailler, jusqu’à ce qu’une collègue me fasse remarquer qu’Ellida se doit justement d’être à l’écart des autres, se distinguer de tous par sa différence. Pour renforcer cette distance entre la société un peu sclérosée et cette femme qui cherche sa liberté, il fallait quelqu’un qui ne vienne pas de ma « famille théâtrale ». Après cette révélation, j’ai directement trouvé Marie-Ève Musy! » sourit le metteur en scène. D’ailleurs, comme à son habitude depuis plusieurs projets, Bastien Blanchard fera également une courte intervention sur scène en jouant le sculpteur. « Je me garde toujours un petit rôle car je suis avant tout comédien, j’aime cette énergie de la scène et le regard du public », complète-t-il.

Bastien Blanchard et Olivier Kessi. Photo: Mathilde Soutter

Les deux clarinettes
Contrairement au conte de l’Histoire du Soldat, dont la musique avait été composée par Igor Stravinsky, La Dame de la Mer n’a pas d’accompagnement sonore prédéfini. L’organisation a donc été complètement différente, avec un travail musical aussi bien en préparation que directement en improvisation durant les répétitions. « Pour aborder ce projet, j’ai décidé de partir sur les leitmotivs, dont le principe a été inventé par Richard Wagner. Ce concept consiste à attribuer à un motif musical aussi court un sentiment, une émotion ou une idée. Une fois ces thèmes trouvés, la majeure partie du travail se déroule directement durant les six semaines de répétitions dans une symbiose avec les comédien·ne·s. J’enrichis leur jeu avec des tonalités et ils influencent mes préparations musicales par leurs interprétations » souligne le directeur musical. C’est donc un travail mutuel entre Olivier Kessi et les artistes qui a permis aux sons de très justement transmettre et accentuer les émotions des personnages. Même si un seul musicien accompagne la pièce, la diversité des nuances sera possible grâce à l’utilisation de deux instruments complémentaires, mais aux personnalités bien distinctes. D’un côté la clarinette avec un timbre joyeux et insouciant et de l’autre clarinette basse avec des tonalités plus obscures et profondes.

« La Dame de la Mer est une opposition entre les fjords étriqués et rangés qui représentent l’ensemble des personnages et l’omniprésence de la mer, symbole de liberté et des horizons lointains, si importants pour Ellida. Mais quelle sera sa décision finale? » conclut Bastien Blanchard.

La Dame de la Mer
Du 23 octobre au 1er novembre 2020
Espace Vélodrome, Plan-les-Ouates
www.saisonculturelleplo.ch