La Dormeuse: deuxième publication des Éditions OKAMA

Lorsque des personnages attachants vous racontent leur histoire sous la plume de Catherine Rolland, vous embarquez pour un aller-simple en direction de l’aventure. La Dormeuse, roman littéraire avec prétexte au fantastique, se déguste comme une escapade temporelle. Publié en temps de pandémie, ce deuxième ouvrage des Éditions OKAMA restera dans les mémoires.

Texte: Sandrine Spycher

Rencontrer une auteure de littérature fantastique dans un café nommé L’Intemporel, cela donne tout de suite le ton de l’entretien. Tout en discutant avec Catherine Rolland, on se déplace dans l’espace et le temps pour retrouver Marie, protagoniste au caractère bien trempé de La Dormeuse. Le style fluide et rythmé du roman vous emmène à travers un portail temporel vers Pompéi. Là, vous vous retrouvez tout naturellement en compagnie des marchands ou scientifiques et de leurs esclaves, entre deux familles dont les secrets et les non-dits pourraient être jumeaux de notre époque. L’intrigue aventureuse de La Dormeuse partira de la simple boucle d’oreille qui lui donne son titre jusqu’à atteindre les laves du Vésuve. Une intrigue entre trois époques, dont les rebondissements bercent et surprennent à la fois. « Ce passage d’une époque à l’autre, c’est quelque chose que j’ai toujours beaucoup aimé », confie Catherine Rolland. « J’ai toujours eu cette fascination pour les intrigues présent-passé avec un petit peu de fantastique. L’incursion du présent dans le passé, par définition, entraîne un changement. Et avec cette notion de quête héroïque, ça amène à chercher dans l’histoire un événement suffisamment marquant pour que tout le monde le connaisse. Pompéi, c’est un décor que tout le monde peut s’approprier facilement ».

Pourtant, cette faculté d’appropriation du lieu par les lecteur·trice·s n’est-elle pas également un défi? Catherine Rolland admet que « pour écrire dans le passé, c’est important de rester dans la cohérence et la fidélité factuelle ». Pour La Dormeuse, les recherches en amont de l’écriture se sont faites sur deux axes: la présence sur place et la documentation historique. « En étant allée quelque part, je capte plus facilement l’essence et puis l’environnement pour après le retranscrire dans l’histoire. Et après il y a toute la partie documentation, en l’occurrence les deux lettres de Pline Le Jeune qui est le seul témoin dont les mots nous sont parvenus. Je me suis aussi documentée sur le système politique de l’époque, ainsi que le système social puisque je développe pas mal la relation maître/esclave, que je me réapproprie d’ailleurs avec une certaine liberté ».

L’attrait de Catherine Rolland pour l’Histoire ne fait pas d’elle une historienne pour autant. Elle explique en effet que tout l’intérêt réside pour elle dans le fait d’introduire des éléments de fiction dans la réalité historique passée. « Moi, ce que j’aime, c’est le réalisme magique. C’est commencer avec un ensemble totalement cohérent et y inscrire une déviation de la norme, qui est complètement irréaliste, à savoir partir dans le passé. À un moment, il y a un événement qui n’est a priori pas possible, mais en ayant bien fait le boulot autour, on arrive à le rendre vraisemblable. À partir du moment où on a admis ce postulat, le reste fonctionne car on est dans les lois de la physique ». Dans La Dormeuse, la cohérence est portée par des secrets que les personnages vont découvrir au fil des pages. L’intrigue est rendue attrayante par la voix de la protagoniste, Marie, qui raconte ses péripéties à Sofia, une auxiliaire de vie engagée pour l’assister dans son travail d’écrivaine.

© Steve Gaillard

Ce roman est publié par les Éditions OKAMA, jeune maison lausannoise spécialisée dans la littérature fantastique. Catherine Rolland se remémore le lancement de l’aventure  avec un sourire contagieux. « C’est une jolie rencontre. J’ai connu Laurence Malè (ndlr: éditrice et fondatrice des Éditions OKAMA) à Morges, il y a deux ans. On a tout de suite sympathisé ». Pourtant, malgré la complicité entre les deux femmes, Catherine Rolland avoue avoir eu quelques réticences à se lancer. « C’est quand même un pari de publier dans une maison qui débute à l’heure actuelle parce que, si ça se trouve, elle est dans le mur trois mois plus tard. D’un autre côté, je me suis dit, comme la vie est toujours faite de rencontres, il faut laisser faire ». C’est donc sur une belle entente entre auteure et éditrice que l’aventure commence. Avant la publication de La Dormeuse, Catherine Rolland participe à l’ouvrage collectif L’Étrange Noël de Sir Thomas, recueil de novellas, aux côtés de Nicolas Feuz, Olivia Gerig, Marie Javet, Christelle Magarotto et Olivier May. « C’était super sympa parce qu’on était six auteurs et on s’est vachement bien marrés en faisant des dédicaces ensemble », se souvient Catherine Rolland. « Et ça m’a permis de voir que Laurence est une machine de guerre! Elle est vraiment passionnée et bosse à fond pour mettre en avant ses auteurs ».

Cette volonté de partager la littérature en rassemblant diverses plumes et styles se voit également dans la publication d’un autre ouvrage collectif: Léa. Ce roman-feuilleton, dont chaque chapitre a été rédigé par une plume différente, est paru en ligne durant la période de semi-confinement, à raison d’un chapitre par semaine entre le 18 avril et le 7 juin 2020. Il raconte l’histoire de Léa Jourdan, jeune femme dont le navire fait naufrage au large des côtes de Bretagne et qui se verra propulsée dans un monde parallèle. La version papier du livre paraîtra en octobre 2020, de même qu’un nouveau recueil de novellas ayant pour thème Halloween. De nouvelles sorties alléchantes pour une maison d’éditions prometteuse!

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