La Mezcla, l’esprit libre et le feu au ventre

Issues de l’univers des danses urbaines, les danseuses de La Mezcla arborent une diversité de styles et la force de la passion. Elles ont présenté en octobre leur spectacle Qui suis-je, qu’elles comptent bien continuer à tourner à l’avenir.

Texte et propos recueillis par Aurélia Babey

Les membres de La Mezcla: Sara Espinoza, Yanira Buchs et Marina Muñoz (2e, 3e et 5e depuis la gauche) , rejointes plus récemment par Lara Baumgartner (pas sur la photo). Ici accompagnées de la danseuse Cécile Tedeschi et la violoniste Marine Wenger avec qui elles ont réalisé un projet vidéo. Photo: Alexia Linn Visual

Travailler au feeling
C’est en 2014, après de nombreuses années à s’investir dans les cours d’une école de danse lausannoise, que trois danseuses passionnées décident de former leur propre groupe, La Mezcla. À l’origine de cette formation, la solide volonté d’aménager un espace de création et de collaboration artistiques. Et, surtout, de pouvoir danser sans se mettre de limites. Se laisser sortir du cadre. Écouter leurs inspirations. « La Mezcla », « le mélange » en espagnol: leur nom annonce déjà la couleur. Clairement issu des danses urbaines, le style du groupe vogue ensuite librement vers une grande diversité de tendances. « On est toutes passionnées par certains styles de danse. On n’arrivait pas à choisir, se positionner pour un style » rigole Marina Muñoz, une des co-fondatrices de La Mezcla. « On se laisse guider par les musiques qui nous appellent, nos émotions, ce qu’on vit, le moment… C’est libérateur de se dire que rien n’est impossible dans notre création ». Mise en avant déjà dans leur charte, la « promotion de l’effet positif de la différence dans la collectivité » est aussi un principe fondamental du groupe. La Mezcla, c’est ça: la force de la collectivité tout en conservant l’identité artistique et la spécificité de chacune. Une pluralité bienvenue, qui se retrouve dans la richesse de leurs créations.

« Ça me prend aux tripes »
Leur solide base: le hip hop. « Le hip hop c’est comment j’ai grandi, c’est tout ce qui fait qui je suis, pas juste en termes de danse mais vraiment de culture. C’est notre base, la structure vers laquelle on revient si besoin » explique Sara Espinoza, autre co-fondatrice du groupe. Autour de cette base, chacune développe son propre style de façon personnelle. House, krump, break, dancehall, popping… les danseuses sont formées à plusieurs genres dans lesquels elles puisent en fonction des affinités. « Mes danses de cœur: le krump et le dancehall » raconte Sara. C’est comme le hip hop, ça me prend aux tripes, mais au-delà de la danse ». Sans être le noyau de leur art, l’origine latino des danseuses se ressent çà et là dans leurs créations. Mais ce qui vibre surtout à leur contact c’est la passion, le désir sans borne de danser, de tout donner et d’en faire toujours plus. Animées par une énergie à toute épreuve, elles semblent ne jamais remettre en question l’immense investissement qu’elles mettent dans leur projet. En découle une impressionnante rigueur dans leur travail, alors même qu’elles n’ont pas le statut de professionnelles.

Resiste Chile: La Mezcla a collaboré au projet d’une amie proche, Marina Navarro

 

Sur les planches
Depuis sa création, le groupe a participé à toutes sortes de projets, souvent à visée sociale. À l’occasion de la journée contre le racisme en 2015, elles montent un échange entre cumbia et hip hop avec Columbia Vive, un groupe de danseur·euse·s colombien·ne·s. La même année, elles font un séjour à Los Angeles où elles suivent des cours dans deux écoles réputées de la ville, apport important à leur formation qui leur permet d’ouvrir leur champ d’horizon et de devenir plus polyvalentes. Elles participent ensuite à des battles, organisent des workshops, dansent pour la Fête de la musique et pour des événements privés, toujours avec leurs propres chorégraphies. En 2018, elles participent à Au-delà des préjugés, gros événements du hip hop prenant place à Montbenon à Lausanne. Elles sont aussi à l’initiative de 07 Fest, un festival à la Bourdonnette dont le but est de promouvoir la culture hip hop chez les enfants.

Lors de leur spectacle Qui suis-je, octobre 2020 Photo: Anahi Sengupta

Tout ce qu’elles ont pu apprendre dans ces expériences passées leur ont permis de créer leur propre spectacle, Qui suis-je, montré (in extremis) le 25 octobre dernier à la Bourdonnette. À la base de ce projet: une demande qui leur est faite de monter un spectacle sur l’Amérique latine. Incomparable à tout ce qu’elles ont fait avant, il s’agit cette fois de la création d’un spectacle dans son entièreté, avec sa thématique, son ambiance, son énergie. Qui suis-je, c’est l’histoire de deux entités qui se croisent. Quatre tableaux qui retracent symboliquement l’histoire d’Abya Yala (l’Amérique latine en langue indigène), et qui racontent en même temps le développement d’une identité, entre découverte, conflit et acceptation de soi. On retrouve cette conciliation entre identités collective et individuelle constitutive de l’état d’esprit du groupe. Le show mêle la danse (hip hop, danses latino, krump, funk…) à d’autres arts: textes, rap, banderas (drapeaux), hula hoop… Pour cette création, elles assument tous les rôles: directrices artistiques, chorégraphes, danseuses, choix des musiques, gestion d’un groupe d’une quinzaine de personnes, elles dessinent et cousent même leurs costumes et montent elles-mêmes la scène et le décor… En pleine pente ascendante, les membres de La Mezcla comptent bien s’investir encore davantage dans leur projet et bien-sûr continuer à présenter ce spectacle, dès que la situation sanitaire le permettra!

Sur Instagram: lamezcla_freespirit
Sur YouTube: Sara Seva