Wilkommen, Bienvenue, Welcome!
Évadez-vous du quotidien à L’Auberge du Cheval Blanc

On peut dire que L’Auberge du Cheval Blanc est un établissement qui a su évoluer avec son temps. D’abord pur produit folklorique tyrolien à la fin du 19e siècle, il a intégré les codes du cabaret berlinois dans les années 30, puis a vu des orchestres français l’orner d’intermèdes à la fin des années 60. Il y a bien eu, après cette folle période de succès, quelques décennies d’inactivité… mais ce n’était peut-être que pour mieux rouvrir ses portes aujourd’hui, et proposer à ses hôtes une expérience temporelle, exotique, musicale et joyeuse.

Photo: Patrick Kunz

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

L’opérette L’Auberge du Cheval Blanc, qui sera donnée en cette fin d’année 2020 à l’Opéra de Lausanne, est une œuvre pour le moins plurielle. Elle naît sous la forme d’une pièce de théâtre sous la plume de deux auteurs de comédie allemands lors leur voyage en Autriche. Entre Deux-Guerres, le texte éveille l’intérêt d’un metteur en scène de cabaret berlinois, qui mélange à la dimension chansonnière de son établissement l’opérette viennoise et les numéros dansants, fraîchement arrivés d’Amérique. Véritable « hit » jusqu’à la fin des années 60, en 1968 la pièce s’enrichit encore, pour les théâtres parisiens, d’une orchestration plus dense et de musiques et ballet.

Un matériau composite donc, populaire et divertissant qui semblait tout indiqué pour Gilles Rico, metteur en scène de la production.

Dans son travail artistique, l’homme de théâtre prend régulièrement part à la création d’opéras « décloisonnés », notamment des propositions hors les murs, interactives ou encore pour le jeune public, afin d’intégrer l’opéra au tissus de la cité, comme il nous le formulait lui-même. Si L’Auberge du Cheval Blanc garde une forme traditionnelle, elle se fait vecteur de deux problématiques essentielles pour le metteur en scène: considérer l’opéra comme un art vivant qui peut encore parler au public d’aujourd’hui, et prendre à contre-pied la conception que l’on a de ce genre musical pour aller chercher de nouveaux publics.

Nous avons échangé par téléphone avec Gilles Rico, peu avant qu’il entame les répétitions de cette deuxième expérience lausannoise (après Cendrillon de Pauline Viardot en 2018).

Comment aborde-t-on une partition aussi dense que celle de L’Auberge du Cheval Blanc?
Gilles Rico: Par souci de concision, nous avons fait un travail de tri avec Jean-Yves Ossonce, le chef d’orchestre, qui connait ce répertoire sur le bout des doigts. Malgré son succès international, l’œuvre a sombré dans l’oubli car elle était attachée à une image d’Épinal, à une forme de théâtre peut-être un peu surannée. L’idée a donc été de dépoussiérer ce répertoire d’opérette que nos grands-parents écoutaient, et de raconter une histoire en évitant les divines longueurs de tous les rajouts de partition. Je me suis penché sur la version allemande afin de resserrer l’intrigue et de revenir à une forme plus proche de l’originale. Cette dernière version créée à Berlin pendant la République de Weimar s’appuie sur éléments subversifs et satiriques, parfois hautement sexualisés, typiques des revue-opérette de cette époque.

La modernisation va passer par l’utilisation des appareillages scéniques avancés actuels et les changements rapides de décor, qui offrent beaucoup de possibilités. Il y a toute une mécanique de précision qu’il va falloir répéter, car une grande partie du succès de ces productions est lié au fait que les images se succèdent très rapidement, et que l’on n’a pas le temps de s’appesantir.

Dans cette pièce, parfois décrite comme une « ancêtre de la comédie musicale », on retrouve des archétypes de situations et de personnages. Comment les mettez-vous en scène aujourd’hui?
Nous en avons préservé la légèreté et le comique de situation. Chaque personnage représente une dimension sociale et offre un type particulier. De ces oppositions vont naître des conflits et toutes les situations comiques.

Dans la pièce, le comique de situation surgit par exemple quand un nouveau riche étranger arrive dans ce pays et s’étonne de ses coutumes. À l’heure de la mondialisation, les gens sont beaucoup plus mobiles et donc moins surpris par le voyage. Pour revenir à ça, on a imaginé faire de L’Auberge du Cheval Blanc une sorte de parc d’attraction, d’hôtel de luxe où on s’amuse à reproduire les années 30, à reproduire le lieu exotique qu’était l’Autriche de fantasme et d’idéal alpestre du début du siècle. Un peu à la manière dont, en Chine, on reconstitue des pans entiers d’un pays. En affirmant une distanciation grâce aux codes théâtraux, on joue sur les clichés du tourisme tyrolien – le yodel, les lederhose, les lacs entourés de vaches et de fleurs… – tout en montrant l’aspect factice du tourisme moderne, ou les gens vont aller voir des fac-similés pour être en contact avec une pseudo-altérité. Ce prétexte nous a permis de créer la scénographie. À côté de ça, nous souhaitions conserver une forme de réalisme et de vérité pour les personnages. C’est le travail que l’on va faire avec les chanteurs à partir du mois de novembre.

Gilles Rico

Qu’est-ce que cette pièce vous a fait découvrir que vous vous réjouissez de partager avec le public?
Pour être franc, c’est un répertoire que je ne connaissais pas. Ça m’a fait découvrir une musique extrêmement intéressante attachante, avec une certaine complexité en dépit de sa légèreté de surface, et qui offre de nombreuses possibilités de mises en scène. Je suis ravi de partager cette œuvre qui a sombré dans l’oubli et qui mérite de retrouver le chemin des maisons d’opéra. Et surtout, c’est un spectacle léger de fin d’année. C’est important, après cette année 2020 qui a été bousculée par le virus et la crise économique, que le théâtre nous permette de rire ensemble de certaines choses et de partager des moments d’où l’on sort avec le cœur léger.

**

Avant de nous quitter, Gilles Rico sème encore malicieusement quelques indices au sujet de ce que l’on pourra voir sur la scène de l’Opéra de Lausanne juste avant Noël: des feux d’artifices, ou peut-être même une yodleuse volante et son accordéon…

L’Auberge du Cheval Blanc
Du 22 au 31 décembre 2020 Reporté à une date ultérieure
Opéra de Lausanne
www.opera-lausanne.ch