Portrait: Laudine Dard

Photo: Morven Brown

Sa voix résonne depuis février dernier dans un nouveau podcast consacré à la musique classique sur Radio Cité Genève, qu’elle co-anime avec le pianiste François-Xavier Poizat. Sa harpe accompagnera les lectures du journal intime de Germaine de Staël au Château de Coppet le 18 mai prochain. Tout en terminant des études au Trinity Laban Conservatoire de Londres, la harpiste Laudine Dard poursuit son petit bonhomme de chemin musical dans sa région natale genevoise, ce qui a permis à L’Agenda de boire un thé en sa compagnie au Jardin des Alpes.

Texte: Katia Meylan

Une harpe à Londres, une harpe à Genève
Au mois de juin, Laudine Dard terminera sa dernière année de Bachelor à Londres, une dernière année qu’elle a suivie principalement sur Zoom, depuis Genève. En réalité, même avant 2020, ses années estudiantines se jouaient déjà entre les deux villes, au gré des projets qui s’offraient à elle. « Parfois c’était épuisant! », relate-t-elle avec une énergie si communicative que l’on arrive difficilement à l’imaginer fatiguée. « Il m’arrivait de venir répéter avec un orchestre sur un week-end et de repartir avec l’avion du lundi matin à 7h à Genève. Avec le décalage horaire, j’atterrissais à 7h30 à Londres, ce qui me permettait d’être à mon premier cours du matin! ». Et d’ajouter que cela en valait la peine, puisque ces allers-retours lui ont permis de faire des rencontres et de développer des projets dans les deux villes.

La harpe londonienne
Dans la classe de Gabriella Dall’Olio, Laudine découvre un enseignement axé sur l’entraide et l’écoute, menant les élèves à se voir comme des futures collègues plutôt que des concurrent·e·s. Les collaborations
interdisciplinaires sont encouragées, par les professeur·e·s mais aussi par le fertile terreau créatif environnant. La harpiste a des colocataires venues de partout dans le monde, non seulement musiciennes mais aussi danseuses. Une œuvre pour le festival de l’école s’est ainsi créée de toute pièce, entre amies, de la composition à l’interprétation musicale et chorégraphique.

Parmi les projets londoniens qui lui tiennent à cœur, elle mentionne Levedy, un ensemble dans lequel elle joue aux côtés de quatre chanteuses lyriques. Après avoir remporté le premier prix du Carne Trust Chamber Competition en interprétant les Ceremony of Carols de Britten, et avoir reçu une bourse par le TL Innovation Award récompensant les meilleurs projets d’étudiant·e·s en dernière année, les musiciennes espèrent pouvoir reprendre ce projet dès que possible. « On aimerait commander un cycle de chansons à une compositrice. Non seulement pour élargir le répertoire – car il n’est pas énorme pour cette formation chœur de femmes et harpe – mais aussi pour valoriser le travail de femmes compositrices », prévoit Laudine.

La harpe genevoise
Avoir un pied dans les deux villes lui a fait réaliser que nos contrées offrent une situation privilégiée aux musicien·ne·s. « À Londres j’ai donné des concerts gratuitement. C’est tolérable en tant qu’étudiante, car je continue à acquérir de l’expérience, mais un jour il faudra en vivre! ». En Suisse, il est rare que les artistes ne se voient pas proposer même un petit salaire. Une différence financière non négligeable, mais qui, pour l’instant, n’est pas décisive dans les choix de la harpiste. Si elle revient jouer en renfort avec l’Orchestre Juventutti ou comme invitée lors de festivals, c’est surtout par amour d’activités sociables et par désir de créer des liens. C’est d’ailleurs au Festival Puplinge Classique que débute son aventure radiophonique.

Photo: Christian Meuwly

Entre les âges Radio Cité Genève
En février dernier, quand le directeur du festival de Puplinge, François-Xavier Poizat, lui propose de co-animer un podcast traitant de musique classique, un souvenir lointain revient à l’esprit de Laudine: « J’étais dans le public au Victoria Hall, dans le poulailler tout au fond, je parlais avec une amie avant que le concert commence. Quelqu’un s’est retourné et m’a dit que j’avais une voix pour faire de la radio. Ça a dû rester quelque part dans ma tête… », rit-elle. Une anecdote qui l’a peut-être confortée dans son envie de participer au projet!

Depuis, Laudine et François-Xavier ont sorti huit épisodes d’Entre les âges, sur le mode de la discussion libre et avec un angle intergénérationnel. Leur émission aborde notamment l’enseignement de la musique classique ou la direction d’orchestre, mais aussi le Tao chinois, le portrait ou encore la meilleure façon de cultiver des muscles d’acier, selon les doubles vies de leurs invité·e·s. Le duo apprend en autodidacte, ayant déjà quelque inclination à prendre la parole au sujet de leur passion, que ce soit en introduction de concert ou avec des journalistes.

Radio Cité Genève leur laissant le champ entièrement libre, l’émission pourra évoluer au gré des actualités, en ayant une présence lors de festivals cet été par exemple.

Devenir Germaine de Staël
Dans le cadre des Rencontres de Coppet, le 18 mai, la harpe de Laudine accompagnera la voix de la comédienne Isabelle Caillat lors de la lecture du journal intime de Germaine de Staël. Les intermèdes se lieront aux réflexions de la philosophe, âgée alors de 19 ans lorsqu’elle écrivait ces lignes en 1785. Au moment où nous écrivions ces lignes, les deux jeunes femmes devaient se rencontrer prochainement pour définir les couleurs musicales de la soirée – c’est chose faite à présent. « Mon école à Londres a vraiment été formatrice pour ce genre de situations », constate Laudine. « Que ce soit pour jouer du classique, des œuvres du 20e siècle ou des ambiances sonores, j’ai des morceaux sous les doigts ».

Photo: Morven Brown

De harpiste étudiante à harpiste professionnelle
Pour la suite, Laudine a choisi de laisser plusieurs portes ouvertes en passant des auditions d’entrée au Master de Trinity Laban Conservatoire, mais aussi en Suisse et en Allemagne. Restera à choisir.
Quant à sa vie professionnelle, elle imagine un peu de tout! « En tant que harpiste, on n’a pas le répertoire pour pouvoir vivre de concertos; il doit y en avoir une dizaine, si vraiment on cherche bien », sourit-t-elle. « Mon idéal serait d’avoir des projets personnels à construire avec d’autres artistes, dans la musique ou avec d’autres formes d’art. Une place dans un orchestre me permettrait de jouer tous les compositeurs que j’aime… et je pense que l’enseignement aura une place dans ma carrière aussi », complète-t-elle.

Pour écouter Laudine Dard:

Devenir Germaine de Staël
Le 18 mai à 20h
Château de Coppet

www.laudinedard.com

Concert de bienfaisance
Pour les 20 ans de carrière de François- Xavier Poizat, avec sept invité·e·s
Le 30 juin à 20h
Salle centrale Madeleine, Genève