Close-up aux reflets philosophiques

Spectacle annulé suite aux mesures fédérales du 6 janvier 

En janvier 2021, le Théâtre Forum Meyrin sera pour quelques jours l’hôte d’une aventure itinérante singulière, celle du magicien Yann Frisch. Virtuose, ce champion du monde de magie en 2012 et champion de France quatre ans de suite étourdit son public en petit comité depuis 2018 avec le spectacle Le Paradoxe de Georges.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Georges, c’est le philosophe George Edward Moore et son paradoxe, c’est celui qui repose sur la coexistence du croire et du savoir. On le lui attribue puisqu’il est connu pour avoir un jour formulé: « Il pleut, mais je ne crois pas qu’il pleuve ». Dans cet énoncé, la philosophie se manifeste dans un mystère de langage. Yann Frisch est donc parti de l’axe croire/savoir pour le décliner dans sa langue: la magie.

L’illusionniste explicite, dans Le Paradoxe de Georges, comment se construit un tour de cartes. Il se penche sur ce que la forme d’un tour et sa réception disent de nos croyances, de nos mécanismes de pensées. « La posture de l’illusionniste est un exemple représentatif d’une certaine façon de penser occidentale. La magie de spectacle est présente dans beaucoup d’endroits, mais dans d’autres, quelqu’un d’officiellement reconnu par ses pairs pour faire semblant de faire des miracles qui n’en sont en réalité pas du tout, et qui assume qu’il n’a pas de lien avec quelque chose de plus puissant, c’est particulier! », nous fait reconnaître Yann Frisch, non sans humour.

La figure du public, tout comme celle de l’illusionniste, est interrogée. Pourquoi, tout en sachant très bien qu’une carte ne peut pas changer de couleur ou disparaître, laisse-t-on sciemment quelqu’un nous le faire croire? Pourquoi est-ce que cela nous fait plaisir, nous fait rire même?

Le magicien parle du public au public, l’apostrophe, interagit avec lui. « L’idée est de donner la sensation d’une conversation d’une heure. Mon monologue ressemble à un texte de théâtre qui n’en est pas tout à fait un, dans le sens où je m’autorise le dialogue. J’annonce au début du spectacle que chacun doit se sentir légitime de prendre la parole pour poser une question ou intervenir. L’un des plaisirs de ce spectacle est de rencontrer des gens sur scène. Il y a toujours un point d’interrogation avant de jouer: Quel genre de spécimen va-t-on avoir dans cette représentation? ». Il s’amuse, pince-sans-rire: « Pour ne rien vous cacher, j’aime bien tomber sur des personnages hauts en couleurs, qui ont une forme d’étrangeté. C’est comme s’ils faisaient une partie du travail à ma place! ».

Une magie virtuose entoure évidemment cet aspect anthropologique. Afin que chaque spectateur·trice puisse observer les tours de près pour ne pas se laisser berner (si) facilement, le magicien imagine le carcan idéal: un camion construit sur mesure, une salle nomade magique en elle-même qui déploie ses gradins pentus dans les cours et les jardins des nombreux théâtres où elle est conviée. Avec ce lieu tamisé et vintage à souhait, qui offre la proximité nécessaire au close-up, Yann Frisch rend hommage à la magie traditionnelle, à l’âge d’or où les magiciens se baladaient dans leur propre théâtre.

Le Paradoxe de Georges
Samedi 23 janvier à 17h et 20h30
Dimanche 24 janvier à 14h et 17h
Théâtre Forum Meyrin
www.yannfrisch.org

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