Promenons-nous dans les bois…

C’est un objet curieux, et pourtant familier qui s’invite en ce début de novembre sur la scène de l’Opéra de Lausanne: à l’heure où on a plus que jamais besoin de rêver pour s’évader du quotidien, Le Petit Chaperon Rouge vient pointer le bout de son emblématique capuche. L’indémodable conte de fées prendra la forme d’une création originale de Guy-François Leuenberger et Stefania Pinnelli, et s’adressera à tous les publics. Un spectacle lumineux et taquin, qui conjugue théâtre et chant lyrique, et où le merveilleux côtoie l’étrange à tous les instants.

Texte et propos recueillis par Athéna Dubois-Pèlerin

On sent chez Guy-François Leuenberger l’envie de retourner aux sources du conte, pour en libérer tout le potentiel narratif. Si le compositeur ne nie pas sa préférence pour la version de Perrault, plus sombre que celle de Grimm, il demeure très attaché à l’aspect proprement féerique du conte, et à l’attrait que celui-ci exerce sur les enfants. Conteur dans l’âme, le musicien revendique sa volonté de « raconter des histoires grâce à la musique », et de « laisser le champ libre au rêve et à l’imagination ». Mais qu’on ne s’y méprenne pas: « il ne s’agit pas pour autant de verser dans le fleur-bleue ni dans le Disney », ajoute-t-il avec le sourire. Le ton léger et comique de l’oeuvre saura en effet laisser place à des moments plus grinçants, et certaines scènes sont conçues pour susciter un effet de flottement hors du temps, confinant à l’onirique.

La psychanalyse s’est notoirement mêlée des récits fantastiques pour la jeunesse, et il existe ainsi une foule d’interprétations plus épicées du Chaperon Rouge. Guy-François Leuenberger et Stefania Pinnelli, la librettiste du projet, ont pris le parti de ne pas les souligner frontalement, mais il reconnaît que la complexité psychologique du conte, même traitée sur un ton ludique, admet un foisonnement de lectures sulfureuses en filigrane. Ils s’en sont même amusés, et n’ont pas hésité à redessiner les contours des personnages principaux: « Le Chaperon Rouge est généralement présenté sous les traits d’une enfant, or nous avons voulu lui donner un côté moins passif, plus rebelle, qui tend à la rapprocher de l’adolescence ». Le Grand Méchant Loup a lui aussi connu un léger remaniement: « Nous ne voulions pas d’un loup menaçant au premier abord, qui fasse peur aux enfants. À la place, nous avons imaginé un loup charmeur et fripon, qui manipule le Chaperon Rouge par son charisme. Le but étant que le public soit séduit par le personnage, à la manière de la fillette ».

Guy-Franç Leuenberger. Photo: Laurent Dubois

Diplômé de la HEMU Vaud en piano classique et composition jazz, Guy- François Leuenberger a débuté sa carrière musicale en tant que pianiste, avant d’être amené à se familiariser avec le métier de chef de chant et la création d’œuvres lyriques. Très tôt, le chant s’impose à lui comme un moyen d’expression aux propriétés presque mystiques: « Je pense vraiment que la voix surhumaine des chanteurs lyriques possède la capacité de nous emmener au-delà du tangible, dans un royaume situé quelque part entre réel et rêve ». Cette passion du chant ne l’empêche pas d’accueillir pleinement l’aspect dramaturgique, évidemment indispensable à l’opéra: ainsi, Stefania Pinnelli est, quant à elle, davantage versée dans le théâtre que dans le chant lyrique. Son travail méticuleux sur le rythme et la musicalité du texte s’envisage dans une perspective avant tout théâtrale, qui insuffle au projet une vigueur scénique et garantit son accessibilité à un jeune public.

Parmi les pépites promises, on se réjouit d’entendre les suraigus de la jeune soprano colorature Anne-Sophie Petit dans le rôle-titre, la douceur de Lydia Späti dans le rôle de la Maman, ainsi que l’interprétation décalée de Hoël Troadec (un ténor!) dans celui de la Mère-grand. Quant au Grand Méchant Loup, on se régale déjà des moments cocasses que nous offrira la voix de baryton-basse de Benoît Capt, tentant d’imiter celle d’une vieille femme alitée. « Mère-grand, que vous avez des graves puissants! »

Le Petit Chaperon Rouge
Dès 7 ans
Du 4 au 8 novembre 2020
Opéra de Lausanne
www.opera-lausanne.ch