Quel reflet un théâtre peut-il renvoyer à la ville qui l’abrite?

Pour fêter 150 ans d’art vivant, Le Reflet – Théâtre de Vevey a préparé de belles surprises à son public. L’occasion de découvrir ou redécouvrir une ville et un lieu de création. À la rentrée, il faudra relever ses manches et aller explorer le théâtre de Vevey, mais aussi ses cafés, ses routes et ses caves. Plus que jamais, l’établissement veveysan veut dépasser les attentes de son public, le surprendre, le toucher, le faire rêver, mais aussi l’impliquer dans une grande aventure artistique et humaine…

Texte: Maëllie Godard

Photos: Fabien Tijou, David Gallard, La Bande Passante

150 ans d’histoire

C’est le 28 octobre 1868 qu’est inauguré l’établissement qui s’appelle alors Le Théâtre de Vevey. Construit à l’initiative de quelques habitant·e·s qui obtiennent le soutien de la ville, ce lieu de spectacle est érigé sur les plans de Samuel Késer, un architecte suisse.

Il est ensuite permis à de nombreuses troupes, ensembles musicaux et artistes en tous genres de fouler le sol de Vevey, qu’ils/elles viennent de Suisse romande ou d’ailleurs.

De plus, grâce à sa rénovation intégrale en 1992, la bâtisse n’a pas perdu de sasplendeur d’antan. La direction de l’établissement parle même d’audace architecturale. C’est peut-être pour cette raison qu’en 2014, la directrice actuelle Brigitte Romanens-Deville et son équipe ont rebaptisé leur théâtre Le Reflet. L’art vivant comme le reflet d’une société et de ses contemporains? Le théâtre comme un lieu de lumière, d’effet, et d’éblouissement? La création comme un miroir tendu à celui ou celle qui s’y confronte? Chacun·e reste libre d’y voir, d’y chercher et d’y trouver ce qu’il/elle veut; une seule chose est sûre: la porte reste ouverte à toutes et à tous.

Pour l’occasion, L’Agenda s’est intéressé à quelques pépites intrigantes que Le Reflet a rassemblées pour son anniversaire.

Il faut le boire

La saison 2018-2019 débute non pas dans le théâtre, mais dans le Caveau Saint-Martin. Moins d’un an avant La Fête des Vignerons, chacun·e est invité·e à retrouver le berceau des crus de sa région: n’est-il pas important de se préparer à un événement si spectaculaire, la fameuse fête, qui n’a lieu qu’une fois par génération? « Il faut le boire » se baladera ensuite dans huit autres hauts-lieu du vin de Suisse romande. Le spectacle a déjà fait ses preuves au Caveau des Vignerons de Nyon en 2016 lors de sa création. L’Usine à Gaz avait commandé un spectacle « hors les murs » durant la période de travaux du théâtre. Une très belle occasion d’aller à la rencontre d’un public nouveau et d’explorer d’autres manières de s’approprier un plateau.

Sur scène, on trouve Antonio Troilo, Frank Semelet et Thierry Romanens qui se lancent les répliques d’un texte écrit et mis en scène par la compagnie ad-apte.Trois hommes – un cycliste, un homme en costume de fanfare et un autre en tenue de plongée – encore imbibés d’alcool un lendemain de soirée tentent d’en reconstruire le fil afin de comprendre comment ils se sont retrouvés là, trempés des pieds à la tête. À coup de chansons et de monologues introspectifs, ils questionnent notre rapport à l’ivresse, à la perte de contrôle et aux autres.

Cinérama

Avec ce spectacle, Le Reflet invite son public à s’évader des quatre murs de son édifice, et à se laisser tenter par une expérience hors-du-commun; installé sur la terrasse d’un café avec des écouteurs dans les oreilles, il verra la frontière entre fiction et réalité se dissiper. Car c’est là, dans un coin de Vevey que les personnages se mêleront à lui, quasi clandestinement, également assis autour d’une table et d’un café, ou se baladant – à première vue innocemment – par là. Au coeur de l’action, chacun·e pourra observer et entendre (grâce au dispositif sonore) l’histoire se dérouler, entre scénario et improvisation.

Le projet est porté par le collectif Opéra Pagaï, qui depuis 1999 travaille à s’affranchir des lieux traditionnels de représentation du théâtre. Pour ménager leur effet, le lieu du spectacle restera inconnu jusqu’au dernier moment.

Même si on va peut-être au théâtre précisément pour voir les choses avec distance et jouir de la sécurité, de l’obscurité et de son anonymat, cela vaut sans doute la peine de vaincre cette inquiétude sourde et de se laisser entrainer dans un nouveau genre de péripéties.

Construction monumentale en carton

Le week-end du 7 octobre, plus qu’un spectacle, Olivier Grossetête propose une performance collective surprenante. Pendant deux jours, il va proposer aux intéressé·e·s de l’aider à construire, puis à démanteler de gigantesques constructions en blocs de carton. Car sans l’aide de la population, l’artiste ne pourrait pas assembler cette folle quantité de brique, et édifier des monuments dépassant parfois dix mètres de hauteur en un temps record.

Cette idée originale a déjà fait le tour du monde: Olivier Grossetête a construit des structures de toutes formes aux quatre coins de la France, mais aussi à Barcelone, Changsha en Chine, New Plymouth en Nouvelle- Zélande, Harstad en Norvège ou encore Chiang Maï en Thaïlande. À chacun de ses voyages, il s’inspire de l’architecture locale pour faire les plans de ses oeuvres en carton. À Villeneuvelès- Avignon, où il a notamment fait voler la construction avec d’immenses ballons d’hélium, la structure rappelle le pont du Gard et le pont d’Avignon, deux monuments de la région.

Que ce soit l’envie de participer à construire quelque chose, ou la curiosité qui vous pousse à découvrir quelle idée ce constructeur a eue pour la ville de Vevey, n’hésitez pas à faire un tour ou à vous renseigner auprès du Reflet.

 

Ville de papier

Après avoir exploré différents lieux, Le Reflet collabore avec le Festival Image et nous invite à un voyage dans le temps. Le projet de la compagnie La Bande Passante, c’est d’utiliser des objets chargés d’histoire au service de la poésie. En 2017, après avoir découvert au hasard un album photo dans une brocante de Bruxelles, Benoit Faivre, Tommy Laszlo et Aurélie Michel ont reconstitué la vie d’une jeune fille dans « Vie de papier ». Cette fois-ci ils ont décidé d’associer des fragments d’anciennes cartes postales avec des effets sonores et lumineux afin de reconstituer des impressions, des bouts de patrimoine d’une ville. « Nous obtenons un travelling audio-visuel proche du cinéma » nous explique Tommy Laszlo.

Sur scène, les trois concepteur·trice·s recomposent la ville de Vevey en papier. Sans en dévoiler plus, on peut dire qu’ils/elles profiteront eux aussi d’illustrer l’incontournable Fête des Vignerons… En ramenant à la vie des scènes vernaculaires, ils/elles font naître un témoignage touchant d’une époque presque oubliée.

 

Ce que Le Reflet nous raconte cette année, c’est que les esprits créateurs n’ont pas terminé de se renouveler, les personnalités fédératrices n’arrêteront pas d’organiser des rencontres, et les regards attentifs et curieux ne cesseront pas de faire grandir celles et ceux qui travaillent dur pour que l’art continue de nous émerveiller.

www.lereflet.ch