Le siècle d’Emma: Une BD au contenu insolite

Eric Burnand, journaliste romand et Fanny Vaucher, illustratrice et cofondatrice d’un fanzine féminin, se sont lancé·e·s dans la rédaction d’une BD qui raconte une autre histoire suisse, dans certains de ses pans encore méconnus. Un sujet particulièrement inhabituel en bande dessinée et plus accrocheur que lorsqu’on était assis surnles bancs scolaires.

Texte: Arnaud Huber

Dans leur roman graphique intitulé Le siècle d’Emma, il ne s’agit pas de relater les quelques éléments enseignés sur les bancs d’école, ceux où l’on apprend que 1291 est la date du pacte fédéral, etc. qui ont été oubliés depuis belle lurette, mais des événements bien plus récents, que nos grands-parents, parents ou nous-mêmes avons pu vivre. Le siècle d’Emma prend place dans « les turbulences du 20e siècle », dans un siècle de luttes sociales qui, pour certaines, ont encore lieu aujourd’hui. On y découvre une famille, fictive, mais qui pourrait avoir existé, composée de quatre personnages principaux: Emma, née en 1900 que nous suivons lors du premier chapitre; Franz, son frère devenu adorateur du nazisme montant, jugé pour traîtrise à la patrie; Thomas, le neveu d’Emma, né en 1939, plongé dans l’univers méconnu des saisonniers italiens; et enfin Véronique, la petite-fille d’Emma, née en 1947, que ses convictions lient aux luttes du mouvement féministe MLF, le Mouvement de Libération des Femmes, et qui côtoie les mouvements autonomes genevois des années 80.

Le siècle d’Emma nous fait découvrir certains personnages peu connus, comme Ernst Nobs, un meneur de grève, ou bien Jacqueline Wavre, une pionnière du féminisme. Mais cet ouvrage nous fait aussi survoler la grève générale de 1918, nous apprend par exemple quel était le triste sort réservé aux citoyen·ne·s qui vendaient des informations suisses à l’Allemagne nazie, ou encore quel a été le scandale de l’affaire des fiches.
Cette BD, et ce n’est d’ailleurs pas son but, ne remplace pas un manuel d’histoire. Mais elle est une bonne première approche de l’histoire moderne suisse – sans pour autant contenir de réelle critique de la politique suisse. Elle offre une certaine vue d’ensemble de l’histoire de luttes sociales qui ont bousculé le siècle dernier, tout en étant un bon moyen de se laisser surprendre; oui, on peut (semblerait-il!) aimer l’histoire suisse, ou du moins, y prendre plaisir en lisant ce roman graphique.

Les planches, et c’est suffisamment rare de nos jours pour le relever, sont dessinées (à la main) sur papier, et non sur ordinateur! En bref, une BD 100 % suisse comme on n’en avait jamais vue: à recommander, ou à offrir à toute génération.

Le siècle d’Emma
D’Éric Burnand et Fanny Vaucher,
Éditions Antipodes

www.antipodes.ch