La fresque ivre

En juillet à Genève, on célébre Les Dionysies. Pour la pièce maîtresse de son exposition, le jeune photographe portraitiste Christian Meuwly s’inspire de la mythologie grecque et plus particulièrement de Dionysos et de la philosophie qu’on lui associe. L’ivresse réinjectée dans une civilisation en déclin est ainsi la thématique de sa fresque photographique, intitulée De Rerum Natura.

Texte: Katia Meylan

Un grand escalier, Dionysos en son centre se faisant servir du vin, et autour de lui une trentaine de personnages, chacun absorbé dans une problématique contemporaine. Pour réaliser cette fresque, Christian Meuwly puise dans ses inspirations littéraires, cinématographiques et surtout picturales. S’il préfère laisser à chacun∙e le soin de l’interprétation, il nous offre néanmoins quelques pistes. Il attire par exemple notre attention sur une barque en bas à gauche de l’image, à laquelle des damnés essaient de s’accrocher. Ce clin d’oeil à la Barque de Dante de Delacroix, nous explique-t-il, n’est pas ici un enfer métaphysique, mais bien terrestre.

Dans le travail de Christian Meuwly, les codes du classicisme s’entremêlent avec une esthétique propre au cinéma hollywoodien. La post-production tient une grande part dans sa photographie. « Ma démarche est en totale opposition au réalisme photographique. Je ne cherche pas à ce que ma photo ait une valeur documentaire, mais à réaliser un objet de divertissement. On peut dire des vérités sous forme de fiction aussi ».

Après la conceptualisation de l’oeuvre et les croquis, une étape qui a duré deux ans, il a fallu passer à la réalisation concrète de la fresque. Notamment, trouver la trentaine de modèles qui viendraient au Château de Moulinsard incarner ses personnages. « Dans cette photo j’ai réuni autant des directeurs de banque que des gens totalement marginaux! J’avais une trame narrative construite à l’intérieur de laquelle je me suis laissé une marge d’improvisation. Posté devant à mon bureau, un peu comme un chef d’orchestre, je faisais des décomptes et ils devaient à chaque fois prendre la pause, et au fur et à mesure je reconstruisais les scènes. Tout au long de la journée ça rigolait beaucoup, les gens picolaient dans tous les sens – ça restait dans le thème! –, mais à la fin de la journée, la fresque était construite ».

Au Théâtre de la Madeleine, aux côtés de la fresque De Rerum Natura sera exposée une sélection de portraits. Pour cet accrochage, Christian Meuwly se fie à un idéal, celui de la prise de temps, et à travers elle, la recherche du beau. « Quitte à ce qu’il n’y ait aucun sens dans la vie et dans sa marche, autant en faire quelque chose de beau! ». Un idéal qui se retrouve autant chez les sujets de son art que dans son art lui-même. « J’admire le parcours des musiciens classiques, qui consacrent leur vie à réaliser quelque chose de sublime. J’aime aussi la notion d’aboutissement, que je mets au centre de la réalisation de mes portraits ». Ainsi, on rencontrera les solistes Rachel Kolly, Christian Chamorel, Béatrice Berrut, Sheku Kanneh-Mason ou encore Louis Schwizgebel parmi les portraits au style bien reconnaissable.

L’exposition devait originellement avoir lieu en mars, elle a à présent trouvé sa place du 27 au 31 juillet au Théâtre de la Madeleine, où le photographe pourra enfin profiter de défendre son travail aux yeux du public.

Les Dionysies
Du 27 au 31 juillet 2020
Théâtre de la Madeleine, Genève
www.christianmeuwly.ch

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Christian Meuwly

Louis Schwitzgebel