D’une ligne de crête à l’autre

Photo: Loli Hidalgo

Cheminant le long de sa saison, le Théâtre Forum Meyrin atteindra, le 16 avril, la 20e étape de son ascension, soit le spectacle Ligne de crête qui l’a inspiré au moment de baptiser ladite saison. Ayant dû faire l’impasse sur plusieurs étapes précédentes depuis novembre, l’équipe ne perd pas espoir et s’est ré-encordée afin d’ouvrir des voies parallèles.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Comme le formule avec adresse Olivier Mottaz, rédacteur au TFM, le nom donné à la programmation 2020-2021 « était une sorte de prophétie; lorsque la décision a été prise par l’équipe, cette dernière ne se doutait pas que le concept de Ligne de crête prendrait un tel relief par la suite! ». Comment aurait-on pu deviner qu’en 2021 encore, perdurerait le sentiment collectif d’être dans une situation d’équilibriste, cheminant entre un monde d’avant plein de régularité et un monde d’après dont on ne sait pas grand-chose?

Du côté de la danse
La ligne de crête, dans le spectacle éponyme qui sera joué en avril au Bâtiment des Forces Motrices, fait référence à une autre actualité, mais se profile entre deux versants tout aussi vertigineux: la violence du monde économique néolibéral et la violence des passions humaines. Pour cette pièce chorégraphique créée en 2018 à la Biennale de la danse de Lyon, Maguy Marin, figure engagée de la danse contemporaine depuis 40 ans, tire son inspiration des écrits du philosophe et économiste contestataire Frédéric Lordon. Plus précisément, de la mise en opposition de nos désirs profonds et de nos aspirations influencées par le capitalisme.

Dans une interview télévisée de la Biennale, la chorégraphe expliquait avoir travaillé à partir de l’individu plutôt qu’à partir de concepts politiques, pour interroger en quoi chacun·e de nous, dans sa façon de ressentir, de souffrir ou de désirer, participe à cet état du monde qui, majoritairement, ne nous rend pas très heureux.

Photo: Loli Hidalgo

Sur scène, dans leur décor fragmenté par des plexiglas, sept individus donc, poursuivent une course effrénée au rythme d’une cacophonie mécanique. Leur but apparent? Remplir leur espace, leur temps, leur estomac. Pourquoi?…
… pause…
… bonne question…
Mais pas le temps de se pencher dessus! Il faut garder la cadence!

Maguy Marin cite Lordon: « C’est l’art qui dispose constitutivement de tous les moyens d’affecter parce qu’il s’adresse d’abord aux corps auxquels il propose immédiatement des affections. » Face au mode de fonctionnement de notre société poussé au grotesque, le public pourrait bien expérimenter plusieurs réactions: le rire, l’angoisse, le déni, la prise de conscience pour se détacher, l’urgence d’en sortir…

Du côté du TFM
« Sur la ligne de crête, on y danse, on y danse… », s’aventure le préambule que signe la directrice Anne Brüschweiler. Bravade mais aussi incertitude, espoir et envie d’expression artistique se dégagent de cet édito. Aujourd’hui, l’équipe s’interroge. « Comment, bon sang, faire forum quand on ne peut pas recevoir de public ni avoir de contact direct? » D’abord, ne pas verser dans le renoncement, croire qu’on va vers le mieux. Et puis, trouver des moyens d’avancer les retrouvailles. Pour ce faire, le TFM a tout récemment collaboré avec Radio Vostok au lancement d’une plateforme de podcasts. Intitulé Radio Bascule, le concept est assorti d’ateliers de formation donnés par Charles Menger, co-fondateur de Radio Vostok. Un concours avait été lancé en août 2020, pour lequel une trentaine de projets de podcast avaient été soumis. Pour la mise en ligne de la plateforme le 22 février, huit projets d’artistes de la région ont été sélectionnés et réalisés. À l’avenir, l’idée est que toutes et tous, artistes expérimenté∙e∙s dans la création radiophonique ou non, amateur∙trice∙s, adultes et enfants, puissent se lancer dans la création de podcasts et les publier sur la plateforme. Parmi les pionniers que l’on peut déjà écouter sur Radio Bascule, on trouve des projets aux titres empreints de mystère comme « Écoute comme ça sent bon », « Vieille peau » ou « Voyages en messageries », ou évocateurs comme « À la rencontre des acteurs de la transition écologique ». Quelles que soient les mesures qui seront annoncées pour les prochains mois, le Théâtre Forum Meyrin maintiendra le lien!

Ligne de crête
Vendredi 16 avril à 20h30
Bâtiment des Forces Motrices, dans la
programmation du Théâtre Forum Meyrin
www.forum-meyrin.ch

Radio Bascule