La vision fait le cinéaste

« Aujourd’hui j’ai reçu une bonne nouvelle. Trois producteurs de cinéma proposent aux cinéastes suisses d’essayer de faire un court-métrage, un petit film sur ce moment sans précédent où on est tous enfermés. On a très peu de temps, pas de moyens, le film doit être terminé dans moins de 10 jours. Alors j’ai essayé, tout seul, avec un téléphone portable, un petit micro et un filtre noir/blanc fixé devant l’objectif devant mon téléphone ».

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

14, de Léo Maillard

La voix off du réalisateur Germinal Roaux, que l’on entend dans son film Revoir le Printemps – Journal d’un confinement, résume ainsi l’aventure Collection Lockdown – Swiss Filmmakers.

En mars dernier, voyant les images filmées en amateur saturer le web, les reportages télévision être au rendez-vous chaque soir dans les foyers mais le cinéma forcé à rester coi, le producteur et réalisateur Frédéric Gonseth décide de réagir et de lancer, au pied levé, un appel à projet auprès des cinéastes suisses. L’opération devient rapidement nationale alors qu’il est rejoint par Michael Steiger (Turnus Film, pour la Suisse alémanique) et Michela Pini (Cinedokke, pour le Tessin et Grisons), par la SRG SSR, l’Office fédéral de la Culture, Cinéforom et le Fonds de Production Télévisuelle.

Echo, de Noel Dernesch et Sophie Toth

Invité·e·s à transmettre leur vision personnelle du semi-confinement, 80 cinéastes ont proposé un projet, parmi lesquels 33 sélectionnés, réalisés en deux semaines à peine, puis diffusés sur la télévision Suisse. Ils restent actuellement visibles sur les plateformes web de la RTS, la SRF et la RSI.

1ère vague

Confinés dehors, de Frédéric Choffat

Si Germinal Roaux a choisi la forme de l’essai poétique filmé avec son téléphone, les formats diffèrent autant qu’il y a de films. Les images d’appartements et de rues vides, les voix off plurilingues se révèlent tantôt contemplatives, entre doutes et espoirs, tantôt agitées. Parmi les documentaires, certains prennent une forme « classique », comme Echo de Noël Dernesch et Sophie Toth, un dialogue philosophique et bleuté avec deux alpinistes, ou plus expérimentale et allusive, comme Confinés dehors de Frédéric Choffat qui s’intéresse à un groupe de SDF genevois. D’autres sont une douce incursion dans l’intimité de celles et ceux qui entourent directement les cinéastes; les tout jeunes enfants, les personnes âgées, parfois les défunt·e·s, entre les lignes, deviennent protagonistes. Les hommages à ces derniers sont récurrents, tout comme les retours à la nature. Quelques films enfin osent le pari de la fiction, attirés par la propension dystopique des choses.

2e vague
Alors que les cinémas referment leurs portes en novembre, Collection Lockdown annonce une seconde édition. Cette fois, 140 projets sont soumis, dont 25 sélectionnés. Frédéric Gonseth relève plus de recul dans les propositions reçues, plus de variété dans les thématiques abordées. Le quotidien d’un employé de morgue, les réminiscences de la guerre en Syrie ou de l’épidémie au Vietnam, mais aussi un amour à distance entre le Valais et la Turquie dont la tournure rappelle Les Faiseurs de Suisses sont autant de points de départ des films à venir. « La première fois, on était tous le nez dans le guidon. Maintenant, on voit mieux les conséquences sur soi-même et sur son entourage, sur la société aussi », constate Frédéric Gonseth, avant d’attirer notre attention, réjoui, sur l’arrivée de l’humour dans cette deuxième vague.

Les films, sous-titrés en trois langues, sont visibles en ligne, notamment sur le site de la RTS.

Lockdown Collection – Swiss Filmmakers
www.playsuisse.ch/festival