Louiza: l’illustration comme une évidence

Photo: Isaac Pante

L’artiste Louiza, dont le travail sera prochainement intégré à la scénographie de l’exposition « L’Arbre – de la petite graine à la vieille branche » à l’Espace des Inventions à Lausanne, nous invite dans son monde d’illustrations et d’explorations.

Texte: Sandrine Spycher

« Ça te gêne si je fume? » demande Louiza en s’installant à la table comme l’habituée des lieux qu’elle est. Elle a ellemême choisi l’endroit de cette rencontre: un café qu’elle apprécie pour son côté intimiste et simple. C’est à son image. « Je suis illustratrice indépendante, et puis… voilà », répond-elle avec un sourire complice à la question difficile de la biographie. Cette phrase semble résumer parfaitement son parcours tout en exploration, mais toujours guidé par le fil rouge du dessin. Fil rouge auquel elle s’attache très tôt puisqu’elle devient indépendante à 18 ans, dès la fin de son apprentissage de graphiste à l’Eracom. « J’ai tout de suite commencé à faire de l’illustration. Le graphisme, ça ne me plaisait pas du tout », confie-t-elle. « Ça fait douze ans que je fais ça, et ça commence à bien marcher ».

Louiza entame sa carrière en proposant ses croquis à différents endroits. « C’était avant qu’il y ait les réseaux sociaux. J’allais dans des rédactions avec un book et ça a fait effet boule de neige ». Elle se remémore avec plaisir son premier travail, celui qui l’a le plus marquée. « J’ai fait le nouveau logo de Disc-à-Brac (ndlr: magasin de disques vinyles à Lausanne). C’était ma toute première commande et c’est marrant parce que c’est celle que je vois tout le temps. Celle qui est vraiment restée ancrée ». Une étincelle brille dans son regard quand elle décrit ce que cette commande a de valorisant. « Quand tu travailles pour la presse, le lendemain c’est à la poubelle. C’est vraiment très éphémère, tandis que là, les gens ont trouvé assez beau pour que ça reste. Et c’est assez gratifiant ».

Il faut dire que le dessin de presse n’est pas un domaine inconnu de Louiza. « Tu vois, mon père (ndlr: Philippe Becquelin, plus connu sous le nom de Mix & Remix) était dans le milieu et je pense que le fait d’avoir traîné là-dedans m’a un peu influencée. Mais j’essaie justement de faire plutôt du dessin spontané. Comme ça, c’est plus personnel », précise-t-elle. « Avant, je travaillais énormément pour la presse, mais maintenant de moins en moins. Je trouvais très contraignant qu’on te donne un article sur un sujet que tu ne connais pas du tout, et puis tu dois illustrer ça. Je ne trouvais pas légitime. Du coup, je me suis dirigée plus vers des illustrations pour l’institutionnel, ça me correspond mieux ».

Mis à part ses commandes pour des institutions, l’illustratrice lausannoise travaille également sur des projets personnels. Elle avoue son besoin de dessiner tous les jours. « Je dessine de manière presque médicinale. C’est un peu ma façon de communiquer avec moi-même ». On a donc récemment pu voir une exposition qui lui était entièrement consacrée à l’Atelier à Lausanne. Dans une atmosphère décontractée entre musique et échange, le public a répondu présent. « J’exposais mes carnets de croquis et puis je voulais un truc un peu dans la même ambiance. Tout n’était pas encadré, c’était suspendu avec des petites pincettes ». Si vous avez manqué l’événement, des photos du vernissage sont encore visibles sur le site de l’artiste.

Curieuse, Louiza aime explorer différents domaines dans ses illustrations et ses collaborations. « Je n’ai pas de carotte au bout du bâton », rit-elle. « Je fonctionne vraiment au jour le jour ». C’est ainsi qu’elle dessine non seulement sur papier pour elle-même ou sur ordinateur et tablette pour ses clients, mais également sur des supports plus grands dans le cadre de la scénographie, notamment pour la prochaine exposition à l’Espace des Inventions de Lausanne. Le thème des arbres l’a tout de suite emballée et elle a décidé de se lancer dans ce projet. « Ce sont des petites scénettes », explique-t-elle. « Des personnes qui parlent entre elles. Ils m’ont fourni tous les textes et je n’avais plus qu’à les mettre en images. C’est assez chouette », ajoute Louiza en souriant, nous donnant immédiatement envie de découvrir l’exposition.

Une exposition conseillée dès 7 ans et dont les portes ouvriront le 21 novembre. Fruit d’une collaboration entre la Ville de Lausanne et le Bioscope de l’Université de Genève, cette balade interactive vous emmènera découvrir les arbres entre science, culture et société. Les deux étages du bâtiment de la Rotonde vivront au rythme des arbres, source d’inspiration de trois femmes: les illustratrices suisses Albertine, Anaëlle Clot, et Louiza.

Inévitablement, le sujet du féminisme est évoqué. Bien qu’elle participe volontiers à des expositions ou des tables rondes sur la question (lors de BDFIL, par exemple), Louiza soulève le fait que ses dessins n’entrent pas dans le domaine du militantisme. « Moi, je suis illustratrice et c’est mon travail qui compte. Je trouve qu’il y a vraiment un problème de dissociation entre les deux. Ton travail, c’est ce que tu fais et pas ce que tu milites. Moi, j’aimerais qu’on me demande mes dessins parce qu’on les aime, que je sois un homme ou une femme ». Ses illustrations sont variées et inclusives afin que « tout le monde puisse un peu se retrouver, mais il me semble que ce n’est même plus du militantisme, c’est représenter les gens. Ça devient normal ».

Quoi qu’il en soit, les dessins spontanés et sincères de Louiza ont de quoi charmer. Son style particulier attire et intrigue, donnant envie d’en découvrir davantage. Alors pourquoi ne pas aller faire un tour du côté de la Vallée de la Jeunesse dès novembre pour visiter « L’Arbre – de la petite graine à la vieille branche » à l’Espace des Inventions?

www.louiza.ch

« L’Arbre – de la petite graine à la vieille branche », dès le 21 novembre 2018
Espace des Inventions,
www.espace-des-inventions.ch