Multiplicité de regards pour le futur MAH

L’avenir du MAH est un sujet familier des Genevois, qui envisagent depuis 2016 de lui dédier un bâtiment rénové, rassemblant en un campus muséal les cinq entités de l’institution: le Musée d’art et d’histoire, le Cabinet d’arts graphiques, le Musée Rath, la Bibliothèque d’art et d’archéologie et la Maison Tavel. Depuis l’arrivée de Marc-Olivier Wahler à la direction du musée il y a une année, en plus de ces considérations architecturales, c’est tout l’aspect muséologique qui est en processus de transformation. Avec comme première préoccupation, la redéfinition du concept même de musée.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

 

En novembre dernier, le MAH diffusait un dossier de presse dévoilant à la fois sa nouvelle identité visuelle et l’avancée de ses projets. Réfléchir au musée du futur. Un titre qui a interpellé la rédaction. Plus qu’une réponse, il est une ouverture; plutôt qu’en autorité culturelle, le MAH se pose en lieu d’expériences.

Portrait de Marc-Olivier Wahler, ©MAH Genève. Photo: M. Sommer

Les réflexions
Marc-Olivier Wahler l’affirme: « L’abondante littérature et le nombre de colloques sur le sujet prouvent que cette question est à l’ordre du jour: Quel sera le musée de demain? Tout le monde a conscience qu’il sera foncièrement différent du musée d’aujourd’hui, mais personne n’a encore la réponse. Notre mission est de préparer les conditions et la structure pour pouvoir le créer ».
Sa méthode? La recherche appliquée. Les expositions et le fonctionnement du musée seront matière à réflexion, à proposer des éléments de réponse, à travailler avec le public pour comprendre ses besoins.

Le MAH, dont la collection millénaire regroupe tant des tableaux que des arts appliqués, de l’horlogerie ou de la numismatique, offre déjà différents types d’interprétation. « La peinture a clairement une interprétation esthétique », exemplifie Marc-Olivier Waher, « alors qu’une pièce de monnaie peut être vue pour son aspect esthétique, mais aussi pour son aspect d’usage. Cela nous permet de proposer une multiplicité d’approches ». Actuellement appliqué aux œuvres, ce concept pourrait s’étendre à l’institution entière. « Aujourd’hui, en entrant au musée, on a la billetterie, le restaurant à gauche, la boutique à droite, la rampe d’escalier et les différentes expositions. Demain, aller au musée relèvera de l’expérience ».

Les inspirations
Si le processus de réflexion est en cours un peu partout dans le monde, Marc-Olivier Wahler confie ne pas avoir de référence existante pour son musée du futur. Toutefois, relève-t-il, « certains hôtels, gares ou bibliothèques ont beaucoup réfléchi à la manière dont ils sont abordés. Dans cette multiplication d’usages d’un bâtiment, il y a des exemples dont on peut s’inspirer ». Il mentionne également le Palais de Tokyo, dont il a été le directeur de 2006 à 2012: « Les gens venaient faire du skate dans la cour, acheter des objets venus du Japon, draguer dans l’espace social, et à 22h, ils allaient visiter l’exposition pour impressionner leurs copains. Je suis convaincu de l’intelligence du visiteur, et s’il ne vient pas aux expositions, c’est parce que, quelque part, il se dit que ce n’est pas pour lui. Je pense qu’il est possible de présenter des expositions sans concessions, scientifiquement irréprochables, loin de l’entertainment, et d’avoir dans le même bâtiment des expériences beaucoup plus populaires ».

Le directeur se remémore le Centre Pompidou en 1977: « Pendant la période où Pontus Hulten était directeur, Beaubourg fonctionnait sur cette multiplicité d’usage. Ça a duré 3 ans ». On lui demande s’il a connu le centre à cette époque, ce qui le mène à une anecdote personnelle illustrant son propos théorique: « La première fois que je suis allé à Beaubourg, je l’ai utilisé comme un visiteur lambda qui ne connaissait absolument rien de l’art. J’avais 16 ans. J’arrivais pour la première fois à Paris, je me retrouvais devant le bâtiment, sans savoir ce que c’était. Le génie de l’architecture, c’est qu’on ne monte pas dans Beaubourg, on y descend. Même si on ne va pas à l’exposition, on a envie de prendre l’escalier roulant, qui a une vue extraordinaire sur Paris. Naturellement, sans que j’aie réalisé quoi que ce soit, je me suis retrouvé à l’intérieur, en face d’un Pollock. C’est là où j’ai découvert l’art ».

Les regards
Le MAH, au sein cette quête globale de multiplicité, a aussi prévu un changement dans la manière de penser ses expositions. Il annonce un retour à l’essentiel, avec une mise en avant des œuvres de la collection. Des collaborations avec des acteurs et actrices du tissu culturel local intégreront le programme sur différents plans afin de, là encore, « varier les regard et les formes d’interprétations ». Un exemple récent est celui de la collaboration avec le festival féministe Les Créatives: le MAH a proposé un parcours audio-guidé du musée intitulé « Ni vues, ni connues » sur le thème des femmes artistes et influentes, et dont les morceaux choisis se retrouvent également dans une galerie sur la plateforme en ligne.

Cette plateforme en ligne est d’ailleurs l’un des autres grands changements ayant déjà eu lieu en 2020. Opérationnelle depuis le printemps dernier et évolutive, elle permet au public de porter lui aussi un regard actif sur la collection du MAH. À l’heure où nous écrivons ces lignes, 66’612 objets sur les 1 million que compte la collection sont référencés en ligne. Les liens fourmillent. On nous laisse découvrir, informations factuelles et anecdotes à l’appui, les œuvres par thème, par discipline, par auteur·e, par couleur ou encore par salle du musée, pour celles qui sont accrochées actuellement. Pour la partie active, l’internaute est invité·e à créer sa propre galerie, selon les critères de son choix. « Une fois que les gens se seront approprié l’outil, on lancera un concours, dont le gagnant sera curateur d’un espace au MAH », avance Marc-Olivier Wahler. Une alternative culturelle excitante, à l’ère où chacun·e expose sa galerie quotidienne sur les réseaux sociaux!

Dans l’immédiat
Dès janvier 2021, la programmation du musée comportera des expositions allant du grand format « XL », regard sur la collection par un·e commissaire invité·e, au petit « XS », rendez-vous hebdomadaires du jeudi soir. La toute première proposition XL, intitulée Walk on the Water, est réalisée par la curatrice Jakob Lena Knebl. Marc-Olivier Wahler nous donne encore quelques indices sur la manière dont l’artiste autrichienne déconstruit les codes pour pousser à s’interroger: « L’espace d’exposition est mélangé avec le vestiaire et la boutique. On ne sait plus si ce qui est montré fait partie de la collection ou des habits des visiteurs, si on peut s’assoir ou si c’est une œuvre ».

Une première exposition-expérience à visiter du 28 janvier au 27 juin 2021.

Site du MAH:
mahmah.ch
Collection du MAH en ligne:
mahmah.ch/collection