Marie Javet: au quotidien dans les livres

Photo © Louise Anne Bouchard

« J’en dis trop? » Marie Javet, dont la générosité coule à travers les mots, parle ouvertement de son parcours littéraire entre lecture, études et bénévolat, rythmé par l’écriture depuis son plus jeune âge. Elle compte à ce jour deux romans aux intrigues se déroulant dans la région lémanique et publiés par les Éditions Plaisir de Lire.

Texte: Sandrine Spycher

Dès le début de la discussion, on sent chez l’auteure une envie de partager son amour des livres. Née en France, Marie Javet arrive en Suisse à 17 ans pour effectuer avec succès une licence au sein de la Faculté des Lettres de l’Université de Lausanne, une formation dont elle rêvait depuis longtemps. « J’ai toujours été passionnée par la lecture, et l’écriture est venue très vite aussi », confie-t-elle. Elle se souvient en souriant de son enfance: « Mes parents avaient beaucoup de livres et je puisais allègrement là-dedans ». C’est ainsi qu’à 11 ans, la future auteure de romans noirs découvre, entre autres, Agatha Christie qui lui donne le goût du polar. La lecture d’un roman de Patrick Cauvin inspire alors sa toute première histoire. « En la relisant, je me suis un peu effrayée moi-même », avouet- elle. Marie Javet repose donc sa plume, mais le désir d’écrire ayant germé, il n’était plus possible de l’oublier.

Entre des années de bénévolat d’abord dans une bibliothèque aux États-Unis, puis dans une maison d’éditions en Suisse pour aboutir à un emploi chez un autre éditeur, le quotidien de l’auteure est nourri par les livres. Inspirée notamment par la lecture d’Umberto Eco, elle écrit un roman historique lors de son séjour aux États-Unis. « Je l’avais envoyé à quelques éditeurs français, mais il n’a finalement jamais été publié ». Loin de se laisser décourager, elle continue d’écrire dès son retour en Suisse en publiant des chroniques littéraires sur un blog, de 2000 à 2012. « C’est resté en lien avec l’écriture, mais ce n’était pas de la créativité », explique-t-elle. Cette créativité, elle la retrouve peu après, avec la rédaction de « La Petite Fille dans le miroir », publié par les Éditions Plaisir de Lire en 2017. Dès lors, l’écriture devient sa seconde nature: « Une fois que je me suis remise dedans, je n’ai plus voulu arrêter ». La preuve avec la parution de son deuxième roman, « Avant que l’Ombre… », en 2018 aux mêmes éditions.

Anticipant les prochains romans de Marie Javet, on ne peut s’empêcher de penser à une éventuelle série. Or, « avec les deux premiers romans, je sentais que c’était le moment de dire au revoir aux personnages. Tout ce qui était intéressant sur eux a été dit. Après, leur avenir leur appartient ». En effet, l’auteure préfère explorer le passé des gens dans ses romans. « Je pense que d’écrire sur un personnage qui a déjà vécu, ça lui donne une profondeur », indique-telle. « C’est lié à la part de mystère, car fouiller dans le passé d’un personnage peut révéler des choses intéressantes ». Un passé qu’elle se plaît à faire ressurgir dans le présent des personnages qui ont eu « la possibilité, sur le moment, de ne pas faire face aux conséquences, mais qui sont plus tard confrontés à leurs démons ».

Ses deux premiers romans sont constitués selon la même structure: récits alternés du présent et du passé. Les idées, comme les pièces d’un puzzle, « viennent pèle-mêle au moment où je conçois l’histoire, et c’est ensuite à moi de les mettre en place pour que tout fonctionne ». Et c’est là tout l’art de l’écriture que Marie Javet maîtrise à merveille, puisque dans « une histoire avec une intrigue, on est obligé de savoir où on va, même s’il y a des éléments qui peuvent se greffer en cours de route ». Remanier certains passages du récit fait partie d’un travail conséquent qui ne commence qu’une fois le premier jet du manuscrit achevé. Les commentaires et suggestions de la maison d’éditions sont aussi à prendre en compte. « Ça ressemble un peu au jeu du mikado: on enlève une pièce mais il ne faut pas que l’édifice s’écroule ».

 

 

Un tour de main réussi dans des romans qui déploient des intrigues mystérieuses que personnages et lecteur·trice se partagent. Et si l’énigme y est bien présente, reste la question du genre. Des polars? « Je suis beaucoup inspirée par la littérature anglo-saxonne où il y a une définition plus large de ce qu’est le roman noir. Je dirais gris pour « La Petite Fille dans le miroir », gris foncé pour « Avant que l’Ombre… » et noir pour le prochain, mais ce sera plus du thriller que du mystère ». Actuellement en cours d’écriture, ce prochain roman « sera en trois parties, selon trois points de vue, mais avec une seule histoire qui tourne autour d’un personnage assez peu sympathique « . Voilà de quoi nous faire saliver d’impatience en attendant la publication de ce troisième polar; le temps, peut-être, de (re)lire les deux précédents.

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