Le Musée de la Chaussure: un pied dans l’Histoire et un pied dans le cuir

Le 25 octobre 2018, le Musée de la Chaussure de Lausanne a fêté ses 15 ans d’existence et prévoit plusieurs surprises durant l’année à venir pour marquer l’événement. Entretien avec Serge et Marquita Volken, directeurs d’un musée atypique niché au coeur des ruelles du Rôtillon.

Texte: Florian Mottier

© Musée de la Chaussure

Le Musée de la Chaussure se cache timidement dans le lacis des ruelles du quartier du Rôtillon. Bordé par l’escalier des Savetiers, la ruelle des Tanneurs et voisin du Café des Artisans, il semble s’inscrire parfaitement dans la toponymie locale. « Il faut dire que le quartier du Rôtillon a historiquement toujours été un quartier de tanneries » précise Serge Volken, qui nous fait découvrir le musée. Pas plus grand qu’une échoppe, son unique pièce est remplie de reproductions de chaussures de la Préhistoire au 18e siècle. Or il y a dans ce musée de quoi séduire amateurs et curieux puisque selon les mots du directeur: « on peut tout toucher, sauf le guide! ».

Relier un geste, un objet et une histoire
Car plus que d’un objet, le Musée de la Chaussure se fait aussi le conservatoire d’un geste: celui du cordonnier. Un établi et ses outils occupant un des pans du mur permettent d’ailleurs de se familiariser avec les alènes, les pieds-enclumes et autres demi-lunes qui sont indispensables pour couper, parer, percer, coudre et assembler les précieux morceaux de cuir. « Le musée est la partie la plus visible de notre activité, mais nous avons également un atelier dans lequel je travaille le cuir et un centre de recherche et de conservation dans lequel nous analysons les trouvailles archéologiques qui nous sont amenées » explique Serge Volken. C’est ici qu’interviennent les talents de Marquita Volken, doctoresse en archéologie et qui s’est spécialisée dans la calcéologie, l’étude des cuirs historiques. « Certaines trouvailles qui nous sont envoyées sont parfois uniquement composées de fragments à peine reconnaissables » explique-telle. Une fois les pièces conservées et  documentées, la calcéologue réalise parfois une reproduction en cuir permettant de montrer l’état d’origine de la pièce et d’enrichir les collections du musée.

© Musée de la Chaussure

Des sandales préhistoriques aux « chopines » vénitiennes
Difficile donc, en visitant le musée, de ne pas tomber sous le charme d’une structure dont l’exiguïté n’a pas empêché de mêler la muséographie à la recherche en passant par le maintien d’un artisanat en voie de disparition. Il est ainsi particulièrement intéressant de voir comment un objet du quotidien s’inscrit dans le temps long et la manière dont il a évolué au gré des modes et des innovations techniques. Quant à l’objet qui a le plus retenu notre attention, il s’agit sans aucun doute des « chopines »; des bottines plateformes vénitiennes du 17e siècle dont les semelles élevaient parfois leur propriétaire de 70 centimètres!

Les collections du musée sont visitables gratuitement sur demande via le site:

www.shoemuseum.ch