Namaïga, combinaisons créatrices

Dans les compositions du groupe fribourgeois Namaïga, inspirées du passé musical de chacun des trois membres, fusionnent rock psychédélique, électro, world music ou encore sonorités orientales. La sortie récente de l’album Float lancera ce singulier trio sur la route des petites scènes romandes; si la crise le leur permet, ils seront de passage au Duke’s bar à Lausanne le 19 juin prochain.

Texte: Katia Meylan

Namaïga, composé à l’origine de Christian Berset (guitare, mandole, darbouka), Christophe Oberson (électronique, platines, flûte), et de Noémie Stienne (voix), faisait partie du paysage fribourgeois depuis plusieurs années lorsque la chanteuse doit quitter le groupe pour entreprendre une formation professionnelle. Trouvant sa remplaçante en Christine Lo, chanteuse pop d’origine taïwanaise, le groupe se singularise désormais par son mélange non seulement des styles, mais aussi des générations et des cultures.

Christine, avec qui nous avons partagé un café, nous raconte sa carrière de chanteuse à Taiwan et nous fait part de ses impressions sur le monde de la culture en Suisse romande.

Après une période estudiantine durant laquelle elle chante des reprises dans un girls band, elle participe à un programme télévisé taiwanais équivalent à The Voice, d’où elle sort parmi les meilleur·e·s candidat·e·s. Dès sa sortie de l’émission, elle signe avec un label et obtient des mandats, tous les soirs et les week-ends. La jeune femme, grâce à sa maîtrise du français, est prisée par les marques de luxe comme Piaget, Mont-Blanc ou Moët. « J’ai chanté 2000 fois La Vie en rose. À Taiwan, pour chaque événement quel qu’il soit, il y a un groupe invité. On chante tous la même chose, on est presque des fonctionnaires! », affirme-t-elle dans un humour coloré par son
fort caractère.
Elle enregistre toutefois, avec son label, un album pop pour lequel elle compose ses propres chansons originales et tourne des clips.

En 2017, Christine s’installe à Lausanne. Les mandats se font rares, et la chanteuse relève une différence majeure avec Taïwan: « En Suisse, on a 4 ou 5 semaines de vacances et les soirées libres pour les loisirs. Il y a donc beaucoup de groupes amateurs qui se battent pour une scène, et les concerts sont souvent bénévoles ».
Une étiquette de groupe amateur, mais une vie d’expérience dans la musique et un niveau technique de professionnels, voilà comment Christine voit Namaïga. Élogieuse lorsqu’elle parle de ses collègues musiciens, elle tient à rappeler que Christian Berset a eu l’occasion de faire les premières parties de grands groupes comme Louise Attaque ou Radiohead. Chez Christophe Oberson, connu sous le pseudo de DJ Nomad, elle admire une sensibilité particulière aux sons des différentes cultures.

C’est lors d’un concert en tant que spectatrice qu’elle tombe amoureuse du style de Namaïga. Sachant qu’ils cherchent une chanteuse, Christine fait quelque temps plus tard un essai de jam avec Christophe et Christian, s’intègre facilement à leur ambiance et devient ainsi la nouvelle voix du groupe. Le trio répète d’abord les chansons existantes, puis en compose naturellement de nouvelles. Christine évoque la méthode de ce processus de composition: « Le DJ nous joue des samples qu’il a préparés et si j’ai une inspiration, je chante. Ensuite on réécoute l’enregistrement et j’essaie de trouver les paroles ».
« À Taiwan, j’ai toujours chanté dans le but de plaire », relève l’artiste. « Ici c’est différent, l’esprit est libre et ça touche au subconscient ». Sur scène comme en enregistrement, les expériences sont différentes: « Dans mes mandats je chantais dans des cadres très bling bling. On me demandait de bouger sur scène mais je ne trouvais pas comment le faire librement. Avec Namaïga, ça a été un déclic.

Pour mon album, j’ai enregistré les morceaux phrase par phrase pour que tout soit parfait, alors que la réalisation de Float a été plus instinctive ». Perfectionniste, la jeune femme nous confie avoir eu envie de recommencer jusqu’à être satisfaite, alors que ses deux collègues cherchaient plutôt la spontanéité. « Finalement, j’apprécie le résultat », admet-elle. « Il ressemble à ce qu’on fait en live. Je trouve la musique plus communicative, et on
y ressent mieux les ambiances ».
Côté standing, c’est aussi le choc des univers: si Christine considère l’image comme une caractéristique du groupe à part entière, Christophe et Christian ne sont pas là pour « faire les stars » et préfèrent se concentrer uniquement sur la musique.

Photo: Sébastien Nanchen

Le groupe évolue malgré, ou grâce à ces divergences. « On n’est pas d’accord sur tout mais musicalement on s’entend vraiment bien. L’inspiration vient toute seule, je ne sais pas comment l’expliquer, c’est le destin », sourit Christine. « Au niveau de la créativité, Namaïga m’a emmenée hors de moi-même ».

Float est donc un produit des diverses influences des trois artistes, de leurs jams évoluées en concert, puis en album. On y trouve des morceaux aussi variés que Rebellion, aux riffs rock entrecoupés d’un interlude trap et survolés d’une brise de J-pop soufflée par la voix, ou Capsule, qui emprunte ses paroles à un conte de fée chinois. La mélodie dansante de Fly float free, écrite par Noémie Stienne, est quant à elle panachée de mandole, de flûte et de sons électroniques.

Pour ce groupe spontané, le futur est idéalement sur scène. En concert, une dimension s’ajoute à leur musique puisqu’ils sont accompagnés par l’artiste Jean-Louis Gafner qui, grâce à un projecteur, crée un décor organique de peinture réalisée en live. Namaïga est actuellement en phase de création pour deux nouvelles chansons, en vue de leur concert de juin. « En attendant, on invite tout le monde à nous écouter sur la plateforme qui lui convient, Spotify, ITunes, YouTube ou Google Music », termine joyeusement Christine.

Dates à venir, sous réserve:

Vendredi 19 juin à 21h, Duke’s Bar, Lausanne

Samedi 8 août 2020 à 17h, Kiosk Art, au bord du lac de Neuchâtel

www.namaiga.com