Art urbanistique, signé Nicolas Noverraz

Artiste plasticien genevois, Nicolas Noverraz crée au fil de ses inspirations urbanistiques et écologiques. Installé dans une ancienne usine à Douvaine, il s’intéresse aussi bien aux vues aériennes des métropoles qu’aux traces de pneus des voitures et aux vaches Milka. Au total, plus de 3 000 oeuvres, régulièrement exposées à l’international, sont sorties de son atelier. D’ailleurs, le verso de chaque toile cache son histoire, composée de son titre, la date de création, ses dimensions, les techniques utilisées, la signature du peintre et l’étiquette de toutes les galeries où elle a été présentée! Un véritable pédigrée esthétique!

Texte et propos recueillis par Eugénie Rousak

L’Agenda: Diplômé de l’École Professionnelle Technique et des Métiers en 1989, vous avez entamé une licence en géographie quelques années plus tard. À quel moment avez-vous décidé de devenir un artiste indépendant?
Nicolas Noverraz: Je baigne dans l’art et la création depuis toujours, donc la question est de savoir pourquoi je ne m’y suis pas tourné plus tôt! À vrai dire, en 1985 j’ai échoué aux examens d’entrée aux Arts décoratifs. L’idée de retenter l’année suivante ne m’étant pas venue à l’esprit à l’époque, j’ai intégré l’école technique. Même si je savais que ce n’était pas ma direction, j’ai voulu finir cette formation. En parallèle, je passais mon temps à peindre en autodidacte, découvrant de nouvelles techniques et affinant mon trait. Même si j’organisais mes premières expositions et commençais à me faire connaître dans le milieu artistique, mon revenu était assez anecdotique. Il fallait donc que je m’oriente vers un métier qui allait à la fois me permettre d’être financièrement stable, tout en laissant assez de temps pour la création. Je me suis donc intéressé à la géographie, mais les études étaient très prenantes. À un moment je me suis retrouvé face au dilemme: hypothéquer la peinture pour finir le cursus ou abandonner ce dernier pour me consacrer entièrement à l’art. Ce choix n’était pas simple. Travaillant de nuit aux services industriels, je discutais souvent avec un collègue, qui adorait le théâtre. Unjour, il m’a confié que le drame de sa vie était de n’avoir pas pu vivre de sa passion. Ses parents l’avaient obligé à faire un autre métier et maintenant, alors qu’il était proche de la retraite, c’était trop tard. Ne voulant pas que mon art devienne son théâtre, j’ai pris ma décision.

Pourtant le choix de la géographie n’était pas vraiment anodin, quelle empreinte cette formation a-t-elle laissée sur vous et votre art?
Toutes nos expériences impactent notre vie, comme chaque brin de vent ajuste la direction du voilier. Avant ces études, j’étais beaucoup dans la certitude et l’application pure des techniques, faisant de la peinture hyperréaliste, presque léchée. Ce cursus m’a poussé sur la voie de la réflexion et le questionnement de soi et de son environnement. J’ai également développé une certaine sensibilité par rapport à l’occupation de l’Homme sur le sol, qui a notamment débouché sur la série des villes en 3D. Grâce à une application de modélisation, j’ai pu « survoler » les métropoles, pour ensuite leur redonner des couleurs. Comme les images initiales ne sont pas très précises, le résultat onduleux a un côté très poétique.

 

 

L’urbanisme et la conscience écologique tiennent une place importante dans vos créations. Quelles sont vos motivations?
J’ai l’habitude de définir mon travail par la question: quel est le rapport entre l’Homme et son milieu? Le rôle de l’artiste est de dénoncer les déviances de la société dans laquelle il vit. En l’occurrence, mon milieu est la ville, et à une plus grande échelle, la planète en pleine mutation suite aux comportements humains. L’art plastique est tout simplement le mode d’expression de ma sensibilité écologique et environnementale.

Vous avez dédié une série à l’art pollution. Comment cette idée est-elle venue?
Mon objectif était d’illustrer la pollution que l’activité humaine produit. Au départ, j’ai installé de grandes toiles grises à ma place de stationnement, pour récupérer quotidiennement les traces laissées par ma voiture, comme les hydrocarbures, les résidus d’huile de moteur, les saletés qui coulent en temps de pluie, etc. Ensuite, j’ai voulu compléter ces empreintes avec du marquage routier. J’ai donc contacté une entreprise spécialisée, qui a écrit mes toiles, utilisant les mêmes chablons que sur l’asphalte. Mon idée était d’avoir le moins d’impact sur ces œuvres en tant qu’artiste pour garder l’authenticité et le réalisme de ce morceau de route. Finalement, j’ai rajouté les plaques d’égout pour caractériser les villes. Chaque fois que je me rends dans une nouvelle localité, je fais un moule souple en silicone de cet objet urbanistique pour ensuite créer une maquette en résine époxy dans mon atelier et l’intégrer directement dans les toiles. Et la pollution devient l’art!

Vous vous êtes également intéressé à la consommation à travers des sérigraphies dans le style d’Andy Warhol. Pourquoi?
En faisant de la sérigraphie, je me retrouvais souvent coincé, dans la mesure où peu importe la direction que j’empruntais, je tombais forcément sur les réalisations d’un autre artiste. J’avais le même sentiment avec les œuvres pop art d’Andy Warhol. Quand je voyais son travail, je regrettais de n’avoir pas inventé moi-même ce principe! Si au début, cette idée me paraissait être une imposture, en discutant avec d’autres artistes, j’ai réalisé que le concept rentrerait parfaitement dans ma problématique de consommation compulsive. Ainsi est né le projet Et si Warhol avait été Suisse?, qui met en scène les dentifrices Elmex, les chips Zweifel, les boites d’Ovomaltine, les vaches Milka et d’autres produits typiquement helvétiques. Cette série a deux niveaux de lecture. Le premier est très humoristique avec la réflexion que Warhol aurait pu avoir, s’il était né en Suisse, alors que le second va à contre pied de la frénésie de la consommation de masse américaine de l’époque.

Le site de l’artiste
www.nicolasnoverraz.com