Un prix de danse mythique et ses personnalités

Depuis 2019, la présélection européenne du Prix de Lausanne se déroule dans le cadre d’un Stage d’été qui ouvre, aux meilleurs éléments, les portes du prestigieux concours de danse international. Deux noms acclamés de la danse, Isabelle Ciaravola et Armando Braswell, s’expriment sur leur parcours de danseur∙euse et professeur∙e ainsi que sur le Stage d’été pour jeunes danseur∙euse∙s qu’ils encadreront du 6 au 11 juillet prochain.

Texte, propos recueillis et traduction par Marion Besençon

Armando Braswell ©Flavia Schaub

Armando Braswell, dans la performance que vous livrez pour TEDxBasel, vous parlez d’heureuses coïncidences vous conduisant à la danse. Comment avez-vous pris conscience que vous pourriez être un danseur professionnel?
Ce sont d’abord mes professeurs qui ont souligné mon potentiel. Il faut dire qu’en tant que New-Yorkais j’ai eu accès aux meilleurs entraînements du monde et ai été entouré de passionnés comme à la Julliard School. Savoir si l’on est bon ou pas et pouvoir se comparer aux autres est une chance. J’ai une aisance dans le contact et je crois en moi. Je suis chanceux, je rêve en grand et je pense que tout le monde devrait poursuivre ses rêves.

Quelle place accorder à l’interprétation dans la danse contemporaine?
Évidemment rien ne remplace la technique mais en tant que chorégraphe, j’accorde de l’importance à l’interprétation. Une interprétation puissante permet de donner à ressentir et le visage transmet de l’émotion.

Quels conseils donnerez-vous à vos étudiants lors du stage?
Je suis très touché d’y participer et j’aimerais tout leur donner. Ou peut-être une seule chose, oui c’est cela, si je devais leur transmettre un unique pouvoir ce serait la puissance d’être plus libre. J’aime enseigner avec le cœur, être celui qui danse librement. Ce qui ne signifie pas devenir sauvage car il faut savoir ce que l’on fait. Être plus libre nous permet d’apprécier ce que l’on est en train de réaliser, en focalisant moins l’attention sur la performance. C’est dans cette liberté sur scène que l’on peut espérer la libération du public aussi et, par ricochet, dans la vie sociale.

Comment vivez-vous cette période complexe?
Bien que les enseignements se poursuivent en ligne, c’est un moment difficile pour mon école à Bâle: c’est pourquoi je prends part à l’inititative #KeepBaselMoving. Un événement excitant est à venir également, le Dance Basel Festival du 26 au 29 août prochain, qui privilégie la création, l’exploration et la mise en réseau des professionnels de la danse. Nous souhaitons soutenir ainsi la collaboration internationale et les performances de hautes qualités.

Armando Braswell lors du Prix de Lausanne 2020 © Gregory Batardon

Isabelle Ciaravola, Étoile du Ballet de l’Opéra de Paris et professeure de classique, comment êtes-vous née à la danse?

Isabelle Ciaravola lors du Stage d’été 2019 © Gregory Batardon

J’ai grandi dans un milieu artistique corse où la musique tenait une place centrale. Je me souviens de la présence des instruments de musiques et des musiciens. J’ai adoré cette enfance faite de danse et de piano. C’est finalement par la danse que je me suis distinguée. C’est pour danser que je suis montée sur Paris à l’âge de 12 ans. Nous n’y connaissions personne et je dois beaucoup à ma mère qui n’avait pas la langue dans sa poche. Elle me laissait deux ans pour réussir. Des professionnels ont a évalué mon niveau et ces différents regards portés sur moi comme élève m’ont beaucoup nourrie. Malgré la charge de travail, nous n’avons jamais perdu espoir que j’en fasse ma profession. Les stages se succédaient ainsi que les rencontres déterminantes, dont celle avec ma professeure Christiane Vaussard – danseuse étoile de l’Opéra de Paris et portée sur la musicalité du mouvement. Et puis grâce à un prix obtenu à l’âge de 18 ans, j’ai pu entrer dans le corps de ballet de la compagnie de l’Opéra de Paris. Alors danseuse pour cette institution, j’ai enchaîné les concours de promotion puisque chaque année le nombre de places est limité. Pour moi qui ne suis pas une bête de concours mais une grande traqueuse, c’était quelque chose! Et vous imaginez bien que mon parcours fut jalonné de blessures. J’aime d’ailleurs qualifier de surprise ma nomination de danseuse étoile, parce que j’y croyais sans plus y croire. Il faut aussi préciser que 37 ans, ce n’est plus très jeune pour l’obtenir. À présent, j’ai paisiblement bouclé la boucle: à l’Opéra de Paris, l’âge de la retraite pour une danseuse étoile est de 42 ans.

On relève en particulier la justesse de vos interprétations, comment abordez-vous la danse?
C’étaient les tragédies qui m’attiraient jeune femme, j’exorcisais quelque chose sur scène. Avec l’expérience, c’est le côté théâtral plutôt que technique que je privilégie. La maturité et l’expérience ouvrent à une expansion sur le plan des émotions et j’affectionne d’autant plus les rôles de caractère.

Vous exprimez votre intérêt pour l’enseignement et la pédagogie. Qu’allez-vous transmettre lors du stage?
Le Prix de Lausanne est un mythe vivant et j’ai hâte d’y participer à nouveau. Le défi sera de développer en peu de temps le côté artistique, que j’aborderai sûrement par la musicalité de la danse. Et pour les aider au niveau technique, je leur parlerai des nuances et de la respiration. Une danseuse est pour moi une comédienne. J’ai pour habitude de donner des images à mes élèves car le mouvement doit être au service d’une intuition. Il faut faire rêver par la poésie et la magie, aller toucher l’âme d’un public. « Vous m’avez fait pleurer » ou « j’ai eu la larme à l’œil » sont parmi les plus beaux compliments que j’aie pu recevoir; c’est pourquoi il faut se mettre à nu et sans retenue, dans l’authenticité.

La prochaine édition du Stage d’été du Prix de Lausanne aura lieu à l’Arsenic
Du 6 au 11 juillet 2021.
www.prixdelausanne.org