Radio Bascule

Le rugissement d’une société qui a des choses à dire

Radio Bascule nait pendant le premier confinement, voici donc une année. C’est l’impulsion du Théâtre Forum Meyrin, frustré d’être à l’arrêt, qui a entrainé la mise en place du projet. Certain∙e∙s acteur∙trice∙s du milieu culturel se sont demandé comment faire pour transcender les barrières du confinement et recréer le lien avec le public. La radio s’est alors présentée comme une excellente alternative. À vos écouteurs…

Texte: Jennifer Barel

D’après Gabor Varga, coordinateur du projet, la radio a plusieurs avantages. Premièrement, et c’est peut-être l’argument le plus incisif de nos jours, les ondes ne sont pas arrêtées par une pandémie mondiale. La radio fait donc un pied de nez aux mesures sanitaires et ravive, à sa manière, le monde culturel. Autre avantage, la radio permet une écoute active. Nous pouvons littéralement nous activer à tout autre chose en écoutant un podcast, mais aussi, l’utilisation de notre seul sens auditif permet d’activer notre imagination. Gabor Varga affirme qu’en tant que spectateur il aime qu’une œuvre lui laisse l’opportunité d’inclure un petit bout de lui-même. À son sens, les podcasts permettent cela. Il ne s’agit pas uniquement de divertissement où tout nous est servi sur un plateau. Les autiteur∙trice∙s peuvent « colorer » les œuvres avec leurs propres expériences. Enfin, selon Gabor, le podcast a quelque chose de plus démocratique que d’autres formes culturelles car il est à la portée de tout le monde sans nécessiter l’installation d’un studio de cinéma dans sa cave. Cette dimension accessible est d’ailleurs importante pour celles et ceux qui portent le projet.

Atelier podcast. Photo: Luana Massaro

Car si, à ses débuts, Radio Bascule était pensée comme une simple plateforme de diffusion d’œuvres d’artistes locaux∙ales, elle a vite évolué. Rapidement, le comité éditorial a fait appel à des professionnel∙le∙s de la radio (Radio Vostok) pour encadrer plus sérieusement les productions et former les artistes à réaliser des podcasts. Il voulait que les gens s’emparent réellement de cet outil et se sentent à l’aise de l’utiliser. Puis, les organisateur∙trice∙s ont voulu inclure le public dans cette démarche. Radio Bascule a alors mis en place des ateliers destinés aux amateur∙trice∙s et même aux enfants afin de leur apprendre le savoir-faire technique nécessaire aux podcasts. Le but étant que Radio Bascule « agisse en tant que sismophone de la société ». Et il y a de la demande! Selon Gabor, les podcasts font fureur notamment car « les gens se rendent compte qu’ils ont des choses intéressantes à dire ». Professionnel∙le∙s ou artistes, adultes ou enfants, tout le monde semble charmé par l’expérience, à tel point qu’aujourd’hui il y a trop de demande pour l’offre proposée. L’objectif est donc de se développer davantage, notamment avec la construction d’un studio d’enregistrement ou la collaboration avec différentes entités culturelles genevoises. En outre, dès l’automne, Radio Bascule veut proposer des émissions hebdomadaires sur divers sujets en rapport avec la culture ou sur des thèmes de société. Que l’on parle de pandémie ou non, Radio Bascule accueille volontiers tous types de projets car le comité est curieux de découvrir les manières de réagir face au contexte actuel et se soucie de voir la façon dont les pratiques artistiques se transforment et évoluent à l’heure actuelle.

Radio Bascule a la volonté de continuer à grandir de manière protéiforme, sans imposer de thématique ni diriger le contenu afin que les tendances se dégagent d’elles-mêmes, pour que la collectivité exprime ce qui compte pour elle, pour que Radio Bascule soit le véritable rugissement d’une société qui a des choses à dire. Il est vrai qu’entre des projets artistiques visant à s’immiscer dans l’univers sonore de travailleur∙euse∙s en tous genres, des discussions et réflexions autour de la thématique de la vieillesse et de sa beauté ou encore des podcasts d’enfants pétillants qui racontent avec passion leur jeu vidéo préféré, Radio Bascule est un florilège de diversités qui veut amplifier toutes les voix encore et encore.

Stéthoscope braqué sur Candice Savoyat

Question diversité, nous sommes servi∙e∙s. Quelques fois au sein même des projets. Dans Voyage en messagerie par exemple, Candice Savoyat nous dévoile des moments de son quotidien, pris à la volée, qui nous font naviguer entre sa baignoire, sa casserole de riz ou sa boite mail. Candice, artiste et coordinatrice de festival, cherchait à explorer quelque chose de décalé, de différent. Elle a alors décidé de participer à Radio Bascule. Voyage en messagerie est un podcast plein de fraicheur, composé de ses propres notes vocales faites sur une célèbre application de messagerie. Avec ce projet, Candice fait virevolter dans nos oreilles les événements du quotidien avec humour et légèreté en même temps qu’elle questionne notre rapport à l’intimité et notre façon de la dévoiler. Elle nous confie que l’outil « mémo vocal » sur Whatsapp l’intriguait par sa capacité à nous désinhiber plus facilement qu’en face à face. Un podcast dont on se délecte tant on arrive à s’y retrouver; les confessions sur le ras-le-bol du travail sur fond d’eau qui coule dans un bain, la frustration d’un rendez-vous chez le gynécologue annulé, exprimée au milieu des bruits familiers d’un quai de gare. En se dévoilant par le son, plus que par l’image, elle cherche à libérer la parole sur les petites aventures de la vie qui nous incombent à tous et toutes. Oui, nous pouvons tout dire, et c’est tant mieux!

Gabor et Candice le soulignent, le médium auditif libère l’imaginaire et ça nous fait du bien. Les podcasts sont dans l’air du temps, c’est indéniable. Il est vrai qu’à force de regarder des collègues sur un écran, des cours sur un écran, des conférences, des spectacles et des concerts sur un écran, nos yeux finissent par fatiguer. Peut-être est-il temps de développer nos autres sens, d’ouvrir nos oreilles et d’écouter la vie!