« Je ne collaborais pas avec un photographe, je discutais avec le monde! »

Devant la caméra, cette joyeuse évocation de René Burri par son ami graphiste Werner Jecker suggère l’étendue de l’esprit créatif que l’on s’apprête à rencontrer lorsqu’on passe la porte d’une exposition consacrée au célèbre photoreporter – ou plutôt devrait-on dire, à l’artiste. Pour l’exposition intitulée René Burri, l’explosion du regard, le Musée de l’Elysée a sélectionné 533 œuvres parmi plus de 30’000 documents d’archives dans un accrochage intime, allant au-delà des images iconiques pour lesquelles on connait René Burri. Pendant la fermeture temporaire des lieux culturels, le musée a continué de diffuser ses trésors via son site web, et a même inspiré les instagramers avec un concours photo en hommage à René Burri. Maintenant, il est fin prêt pour accueillir à nouveau son public!

Texte: Katia Meylan

Le Musée de l’Elysée a vu juste avec cette exposition qui, pendant son petit mois et demi d’ouverture, a déjà dépassé des records d’entrées. L’exposition n’est toutefois pas un simple coup médiatique, elle éclot d’un terreau fertile et de racines profondes: René Burri, proche du Musée de l’Elysée depuis sa fondation en 1985, avait élu le lieu pour y déposer son fonds et contribué lui-même à sa constitution en 2013, dans le souhait qu’une rétrospective y ait lieu.
En hommage à l’artiste, il était important pour les commissaires, Mélanie Bétrisey, responsable du Fonds René Burri, et Marc Donnadieu, conservateur en chef du Musée de l’Elysée, que l’exposition ait lieu dans le bâtiment actuel, avant le déménagement de l’institution sur le site de Plateforme 10 en fin 2020.

Si René Burri bénéficie d’une notoriété internationale en tant que photoreporter, notamment grâce à son célèbre portrait du « Che au cigare » pour l’agence Magnum, on sait moins que son univers artistique s’étend au-delà de la photo. En attestent les « 100 kilos d’archives » tous supports confondus conservées à l’Elysée.

René Burri, l’explosion du regard part de cette multiplicité pour présenter tous les aspects de la création de Burri, de la photographie la plus connue aux plus intimes collages et carnets de dessins.

La balade dans le musée peut se faire selon différentes trajectoires. Spontanée, dans une scénographie qui invite à se confronter à la densité du fonds Burri, ou plus « cadrée », en suivant les douze focus de l’exposition: Cinéma, Structures, Moi et les autres, Magnum, Che, China, Télévision, One World, Color !, Book, Collages et Dessins.

Sur les réseaux sociaux, le musée a imaginé un « Hommage à René Burri » participatif, un concours photo organisé avec la page Instagram @igerslausanne. Les réactions créatives ne se sont pas fait attendre, et à sa clôture le concours enregistrait près de 400 images. Le comité de sélection a décelé un sens de la composition dans de nombreuses images… parmi lesquelles trois lauréates.

 

Pour Thomas Cassoudesalle – comme pour René Burri – la photographie est intrinsèquement liée aux rencontres qu’engendre un voyage. Au Bangladesh, il apprend le fonctionnement de l’appareil et réalise des portraits. C’est plus tard en se documentant qu’il trouve l’inspiration dans le travail de Burri, plus particulièrement alors que lui-même recherche « la touche humaine dans l’architecture « . Il cite la photo prise à Rio des hommes se retournant sur le passage de deux femmes, qui le marque pour « son côté graphique et par le contraste qui permet de se focaliser sur l’essentiel ». La photo lauréate de Thomas de Cassoudesalle sort pourtant de cette esthétique pour capter plutôt par son timing et son mouvement: « j’étais comme un gamin après que, couché par terre, j’aie réussi à déclencher l’appareil à ce moment! », sourit-il.

 

 

 

 

Coralie Vienny est familière du travail de Burri puisque lors d’un atelier dans le cadre de ses études d’architecture à l’EPFL, elle s’en était déjà inspirée: En visite au couvent de La Tourette que Burri avait documenté, elle avait pris une photo d’après celle de l’artiste, puis apposé les deux côte à côte, créant ainsi une continuité. Quant à sa photo que l’on voit ici, elle la prend depuis une terrasse un après-midi d’hiver, sans y penser, séduite par la lumière qui démarque les pavés et les silhouettes. Un ami repère le cliché sur les réseaux sociaux et lui demande si c’est un hommage à René Burri… une prémonition amusante, puisque c’est seulement quelques temps plus tard qu’ils entendent parler du concours lancé par l’Elysée!

 

Instagram fait office de journal intime quotidien pour Frédéric Aellen, qui déniche la poésie dans ce qui semble de prime abord anodin. Sa photo capte immédiatement l’attention. Graphique et contrastée à souhait, elle demande à l’esprit un plaisant effort furtif pour se situer dans l’espace. Mélanie Bétrisey, qui a travaillé sept ans sur les archives Burri, y a tout de suite retrouvé le « style Burri ». Un bel encouragement pour le photographe!

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La réouverture des musées ayant été prononcée pour le 11 mai, celles et ceux qui n’en avaient pas encore eu l’occasion pourront découvrir René Burri, l’explosion du regard, et cela jusqu’au 31 mai!

René Burri, l’explosion du regard
Prolongée jusqu’au 31 mai 2020
Musée de l’Elysée, Lausanne
www.elysee.ch