Un changement dans le monde des musiques actuelles?

Lors d’une journée de réflexion organisée en novembre dernier par le Département de la culture et de la transition numérique, la Ville de Genève a pris diverses mesures d’urgence en faveur des artistes indépendant·e·s, mis·es à mal depuis le début de la crise sanitaire. Les musicien·ne·s, notamment, ont pu bénéficier de résidences dans des salles des spectacles fermées au public.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Initiatrice du projet, la Ville de Genève a alloué à celui-ci 100’000.- et a laissé à ses salles (L’Alhambra, l’AMR, l’Usine et la cave12) une liberté totale dans le choix des artistes qui bénéficieraient des résidences de 3 à 10 jours. Elle recommandait une rémunération journalière de 250.- par personne, pour les artistes comme pour les technicien·ne·s. Une première dans le monde de la musique actuelle dont les répétitions ne sont habituellement pas payées, contrairement aux domaines de la danse et du théâtre.

Photo: Diego Sanchez

L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp se déploie à L’Alhambra
La musique de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, indéfinissable dans son style ouvert à de multiples influences, dansante dans ses rythmiques affirmées et ses sons répétitifs, s’apprécie d’abord sur scène… mais aussi sur disque. L’orchestre – en partie renouvelé, puisque sept membres sont parti·e·s et cinq l’ont rejoint – a d’ailleurs récemment enregistré un 5e album à paraître en mai prochain. Comment s’est passé la résidence à L’Alhambra pour ce groupe XXL? « On a pu travailler une version live de tous les nouveaux morceaux qu’on avait enregistrés en novembre, et revoir plein d’anciens morceaux avec la nouvelle équipe. On aurait fait ce travail de toute façon, mais sur deux jours et non payés », résume Vincent Bertholet, compositeur et contrebassiste de l’OTPMD. « À la fin de la semaine, on avait bien bossé l’aspect musical, je me suis dit que ce serait bien qu’on aille plus loin. J’aimerais travailler avec un chorégraphe, pour travailler notre attitude sur scène. Mais c’est à nouveau une question de financement… ».

Inspirations à pic pour le duo Gross-Bastet
Côté jazz, à l’AMR, un duo réside parmi les élus: Michel Bastet et Sébastien Gross, respectivement au piano et à la contrebasse. Les deux musiciens jouent ensemble depuis des années dans des configurations différentes, mais leur duo n’a que deux ans. Leur premier album, entre standards de jazz, compositions et même free jazz, devrait être enregistré prochainement. Une moitié du répertoire était prête, mais l’autre moitié restait à développer, relate Sébastien Gross. Ce qu’ils ont pu faire durant ces trois jours de résidence à l’AMR. « On en profite pour remettre les bases en question, retravailler son instrument. On a pris du temps pour composer ensemble, mettre au point de nouvelles idées… Pour le rendu, c’est quitte ou double: on ne sait jamais si ça peut déboucher sur quelque chose, des fois ça vient, des fois non. Dans notre cas, on a eu la chance car le résultat de la session a été très positif! »

Chez nos deux interlocuteurs ressortait un point commun: l’envie de retourner sur scène faire vivre leur musique! Cela tombe bien, une série de concerts en été, ou peut-être à la rentrée de septembre, est prévue dans le cadre de ces mesures de soutien aux artistes. On se réjouit!