Romantisme automnal irisé

L’orchestre nyonnais Da Capo prépare pour les 23, 24 et 25 novembre un concert qui fera voyager son public à travers différentes époques. D’un Elgar qui semble écrit pour lui, il s’aventurera à la musique contemporaine, en passant par une partition romantique russe jamais jouée jusqu’alors. Il sera accompagné de deux solistes d’exception, l’altiste Laurent Rochat et la harpiste Domenica Musumeci. Pour composer un tel programme, prenez: une famille de musicien·ne·s, un orchestre de passionné·e·s et un coup de cœur.

Texte: Katia Meylan

Photo: Laurent Rochat

La famille de musicien·ne·s
Laurent Rochat, professeur au Conservatoire de Musique de Genève, commence la musique à 6 ans par le violon avant de le troquer contre un alto; parcours également suivi par son fils Mathis qui, à 24 ans, voit poindre l’aube de sa carrière d’altiste. Nadège Rochat, sa fille aînée, a préféré le grand format – le violoncelle – et brille à l’international. Plus haut dans l’arbre généalogique, on retrouve leur grand-père, André Rochat, musicien amateur et… président de l’orchestre Da Capo.

La maison de la famille de Laurent Rochat abrite ses deux vies, celle de musicien et celle de professeur d’arts martiaux. C’est le musicien qui nous entretient, « bavard parce qu’il a travaillé avec des gens du théâtre » – et sans aucun doute parce que sa passion pour la culture, les cultures, lui a donné beaucoup à dire. Il nous parle de la musique contemporaine qui fait parfois fi des lois naturelles, des différents types de personnalité qui nous guident vers un instrument ou un autre, des concours auxquels participent ses élèves, des concours internationaux dont lui-même se détournait délibérément. Déjà à l’époque, son rêve était « d’être une star locale », ce qu’il admet à présent être totalement utopiste. « Je rêvais de la vie du musicien parisien, qui est prof, qui joue deux concerts par mois avec son quatuor à Paris et qui est diffusé sur France Musique. À Genève, on ne sait pas faire ça; il y a un magnifique agenda avec de grands musiciens, mais pas ceux de la région. Quand j’avais 20 ans, j’adorais jouer aux concerts de midi-sandwich. On gagnait 1’000 francs. Aujourd’hui c’est pratiquement impossible: soit le cachet est de 10’000 francs, soit il y a un chapeau à la sortie ». Selon lui, cela est dû en partie au manque de culture dans l’éducation publique; « En Suisse, on n’a jamais eu l’expérience de l’influence de la culture sur le développement social ». Sa culture musicale, il sait qu’il la doit à son père, André Rochat. « J’ai joué avec lui des quintettes de Mozart… Quand on a 14-15 ans, c’est un honneur que nous fait la vie de pouvoir toucher à des choses aussi belles. Et je voyais la vertu que ça avait: étant directeur d’hôpital, mon père rentrait parfois harassé à la maison. Une fois par semaine, on se réunissait avec ses collègues médecins, biologistes, il y avait aussi un peintre altiste. Moi je faisais le 2e alto. On jouait, ils s’arrêtaient pour contempler la beauté de la musique. Y ayant goûté, ils pouvaient recommencer jusqu’à la semaine suivante. Je vous parle de cela, c’était il y a 40 ans! ».

Photo: A. Favez ©Dacapo

L’orchestre de passionné·e·s
Une trentaine d’années plus tard, André Rochat crée l’orchestre Da Capo en rassemblant des musicien·ne·s professionnel·le·s et amateurs·trices. Son fils voit l’orchestre se former et répéter, d’abord de loin, sans imaginer une collaboration. Toujours est-il qu’avec le temps… « l’orchestre a vraiment évolué », admet l’altiste, un sourire franc dans les yeux corroborant ses propos. « Avec l’oeuvre d’Elgar par exemple, les musiciens se régalent, le public va adorer ». Dirigé par Ahmed Hamdy, premier violon de l’Orchestre de chambre de Genève, Da Capo est intergénérationnel et féru de découvertes; il n’a pas hésité à se rendre en Espagne pour accompagner un choeur catalan, et s’ouvre désormais à la musique contemporaine.

Le coup de cœur
C’est ainsi que Laurent Rochat a misé sur cette fraîcheur pour proposer à l’orchestre d’interpréter une oeuvre qu’il apprécie particulièrement. À l’année, il fait partie du duo « entre source et nuage » avec la harpiste Domenica Musumeci. Il y a quelque temps, ils ont découvert une pièce contemporaine pour harpe, alto et orchestre du compositeur anglais Gavin Bryars. « Je la trouve extraordinaire », s’enthousiasme Laurent Rochat. « J’avais envie de jouer ça au public d’ici, qu’il goûte à quelque chose d’aussi beau ».

 

Photo: Domenica Musumeci

Issu du jazz, Gavin Bryars compose de la musique moderne avec des outils techniques de la Renaissance, nous explique l’altiste. « Avec « The North Shore », il irise le son. L’harmonie contient tout ce que j’aime dans la musique ». En écoutant un enregistrement, l’orchestre est conquis.

Pour compléter le programme, Domenica Musumeci et Laurent Rochat joueront chacun·e en soliste avec l’orchestre, respectivement dans les Danses pour Harpes Chromatique de Debussy et l’Élégie du compositeur russe Alexandre Glazounov. Il existe deux partitions de cette oeuvre, l’une pour alto et piano, l’autre en version avec orchestre. « Tous les altistes jouent cette pièce », nous dit Laurent Rochat, lui-même ne faisant pas exception. « Mais dans la version sans orchestre. Et je ne sais pas par quel mystère – j’ai découvert ça avec un peu d’appréhension – …cette partition n’a jamais été jouée! ». Sans trace d’un quelconque enregistrement, on peut donc imaginer que la pièce du 19e siècle sera une première mondiale!

Romantisme automnal
Elgar – Bryars – Debussy – Glazounov

Vendredi 23 novembre à 20h, Temple de Rolle

Samedi 24 novembre à 20h, Temple de Nyon

Dimanche 25 novembre à 17h, Église St-Germain, Genève
www.dacapo-nyon.ch