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Alors que la pandémie oblige la sphère artistique à repenser ses fondements, les institutions culturelles développent leur présence online. Agence de conseil et de production, Tell me the Story utilise le digital pour justement raconter leurs histoires. Podcasts, vidéos, séries, tous les formats sont mis en avant pour agrémenter la fiction ou dynamiser le documentaire. Porté par la productrice Hélène Faget et la journaliste Zelda Chauvet, Tell me the Story s’entoure d’une équipe de spécialistes pour valoriser des narrations différentes dans le digital, l’audio, le visuel et l’immersif.

Texte et propos recueillis par Eugénie Rousak

Les Créatives © Tell me the Story

L’Agenda: Quel est votre parcours professionnel et comment votre collaboration a-t-elle débuté?
Hélène Faget: J’ai débuté ma carrière professionnelle dans la production de spectacle vivant, avant de la poursuivre dans l’audiovisuel au sein d’une société de production genevoise, dans les domaines du documentaire et de la fiction. Passionnée par la narration sous toutes ses formes, je me suis tournée vers les projets narratifs digitaux, afin de réintroduire du sens dans toute forme de communication. Parmi les différents formats, il y avait également l’audio. À ce moment, je suivais le travail de Zelda, qui menait de longues interviews de façon remarquable sur Radio Lac et j’ai pris l’initiative de la rencontrer pour lui proposer de travailler ensemble.

Zelda Chauvet: Après des études en relations internationales, je suis arrivée dans le journalisme vers 30 ans par un stage à la radio One FM. J’ai directement senti le déclic! Ensuite, j’ai suivi un parcours assez classique en passant par La Télé, la chaîne de télévision régionale valdo-fribourgeoise, puis la genevoise Léman Bleu et finalement Radio Lac, me spécialisant dans la culture. Je trouvais l’environnement passionnant, mais me sentais limitée dans mes champs d’action. J’ai donc choisi l’indépendance, ressentant un besoin de défendre les institutions et la culture que j’aimais tant. Et c’est ainsi que tout a commencé!

Comment la collaboration avec les institutions culturelles se construit-elle?
HF: La subtilité est d’entendre les demandes des institutions culturelles, tout en réfléchissant à la façon de leur apporter une narration différente, soit au niveau du format, soit au niveau de la forme. Notre objectif est de bien capter les émotions et le ton du projet pour qu’elles puissent s’y reconnaitre, tout en se distinguant des autres. Par exemple, l’année dernière nous avons mené un projet émergeant avec le Théâtre de Vidy-Lausanne et la RTS, en proposant une mise en scène immersive et une nouvelle façon de narrer le théâtre. Au niveau des communications plus traditionnelles, nous nous inspirons des codes de narration de la fiction et du documentaire pour proposer des formats qui sortent un peu plus des sentiers battus.

Parmi vos différents projets, vous avez, entre autres, réalisé une série de quatre vidéos pour le Musée Ariana. Comment cette collaboration s’est-elle déroulée?
ZC: Le Musée Ariana a fait appel à nous en ayant une idée précise du format: une mini-série web pour présenter l’exposition consacrée à la manufacture de porcelaine de Meissen. Nous avons donc réalisé un projet artistique en plusieurs chapitres et thématiques, apportant du dynamisme et du mouvement à un contenu scientifique et historique, présenté par la commissaire Isabelle Payot Wunderli. L’aspect le plus important pour nous était l’authenticité et la sensibilité, tout en proposant une vision assez complète de Meissen – Folies de porcelaine.

Et quel était votre fil rouge pour l’exposition Elles, dans l’objectif d’Ernest Piccot au Musée de Carouge?
ZC: Notre plus grande contrainte était le temps, une semaine et demi pour tout filmer et tout monter! Heureusement qu’Hélène a eu l’idée du concept très rapidement!

HF: Pour le Musée de Carouge nous sommes parties de la visualisation de la Carougeoise, en jouant sur le côté très glamour des années 30-50. Nous avons créé une mise en abime, en se posant la question: comment serait la rencontre entre le photographe Ernest Piccot avec la femme contemporaine?

Vous travaillez régulièrement avec Les Créatives, le GIFF, le FIFDH. Est-ce que votre approche est différente pour les festivals?
HF: Non, ma démarche pour créer un concept est essentiellement la même. J’ai envie de saisir les besoins et les lignes directrices pour mettre en avant toute la créativité et l’ingéniosité des festivals!

© Tell me the Story

Quelques exemples des dernières créations?
ZC: L’une des grandes nécessités d’un festival sont les archives, garder une trace vidéo aussi bien pour le souvenir, que pour les communications futures. La collaboration avec le GIFF a commencé il y a trois ans pour travailler sur cet historique vidéo. L’idée était de réfléchir avec l’équipe à un moyen de valoriser le travail accompli et de transmettre l’essence même de cet événement. Nous voulions présenter ces talents incroyables, en leur donnant une parole et leur permettant d’exister autrement dans le cadre de ce festival.

HF: Le concept pour Les Créatives est d’une toute autre configuration. Nous avons débuté avec un format de communication assez classique pour un festival, à savoir un teaser et deux aftermovies, mais la situation actuelle a changé notre problématique. Aujourd’hui, notre objectif est de rendre la vie à un projet qui n’a pas lieu et le raconter à travers les yeux des interlocutrices qui l’ont porté.

Et justement en parlant du COVID-19, comment la pandémie est-elle en train de changer la sphère culturelle?
ZC: Actuellement, nous voyons une envie de la part des institutions culturelles de réfléchir autrement, de s’ouvrir à des formats inédits. Dans ce sens, le moment est particulièrement opportun pour imaginer des histoires nouvelles et s’adapter aux formats hybrides. Un acte de résistance pour la culture, c’est un acte créatif en soi!

www.tellmethestory.ch