De la lutte au symbole, ou inversement

Photo: Carole Parodi

C’est l’histoire d’une troupe, une troupe de marionnettes. Une famille, même, où chaque membre incarne le personnage qui lui correspond le mieux dans chacune des nouvelles créations. Depuis 14 ans, la compagnie Tête dans le Sac aborde des thématiques autour desquelles les marionnettes tissent un véritable ensemble. En 2019, le Théâtre des Marionnettes de Genève accueille la nouvelle création de la compagnie, qui questionne les racines du capitalisme contemporain, et les violences qu’il engendre.  

Texte: Rachel Mondego

« Z » raconte l’Amérique latine, ses terres usurpées, sa population opprimée et ses richesses spoliées depuis 500 ans. Drôle de thème pour un spectacle de marionnettes? Pas vraiment, quand on sait que la compagnie Tête dans le Sac s’intéresse aux histoires humaines en général, et au sort des laissé·e·s-pourcompte en particulier. Dans ce cadre, l’usage de la marionnette leur donne une nouvelle voix: elle dit tout haut ce que l’on pense tout bas, elle a le pouvoir de mettre l’humain face au monde qui l’entoure.

Photo: Carole Parodi

Dans cette création, Tête dans le Sac se lance sur les traces des communautés zapatistes, héritières de la révolution mexicaine, et met en lumière l’absence de frontières dans la lutte contre l’oppression. Laurent Frattale, le metteur en scène, explique: « En plongeant dans cette histoire, on rencontre l’actualité. Partout on constate une remise en question du système qui régit le monde. Notre goût pour l’Histoire nous rappelle d’où peuvent venir ces mouvements. Notre rôle est de transmettre une parole: si notre art est porteur d’une forme de militantisme, alors il est poétique, théâtral ». Le public adolescent se retrouvera certainement dans ces luttes, simplement parce que les jeunes sont acteur·trice·s de leur génération. Des actions comme la grève du climat par exemple sont la preuve qu’ils·elles ont compris ce qu’ils·elles sont en rapport au monde.

La force de la marionnette, c’est qu’elle touche tout le monde, et qu’elle ne se positionne pas comme une détentrice du savoir, mais comme un vecteur de parole. Dans la compagnie, chacune a son autonomie, qui lui permet d’incarner tel ou tel symbole ou personnage. L’homme et la marionnette échangent, et elle lui permet de s’interroger en tant que citoyen·ne du monde.

« Z » n’est pas l’incarnation d’un héros de la lutte contre l’oppression, mais bien le symbole d’un esprit combatif, qui s’attache, avec une volonté de justice transmise de génération en génération, à défendre l’importance du collectif dans l’histoire, et dans notre monde actuel.

Z
Théâtre des Marionnettes de Genève
Adultes, ados, dès 12 ans
Du 30 avril au 12 mai
www.marionnettes.ch